Voici la motion qu'Utopia présentera dans quelques mois à l'Assemblée Générale des Verts.
L’utopie chez les verts L’urgence historique de construire un projet politique alternatif à gauche
Cette motion d’orientation est également téléchargeable sur notre site www.mouvementutopia.org
Pour la signer, pour les adhérent(e)s verts à jour de cotisation, envoyez un mail à
utopiaverts@mouvementutopia.org en indiquant votre groupe local ou un courrier à Mouvement Utopia, 33
rue Falguière, 75015 Paris.
Depuis plus de deux ans, nous sommes un certain nombre de militants Verts à avoir rejoint Utopia, mouvement politique de gauche transpartis. Nous l’avons fait non seulement en tant que militants politiques, mais également comme militants associatifs ou syndicaux, voire en tant que « simples » citoyens. Le nom même de l’association reflète la raison qui nous a fait rejoindre ce mouvement : l’espérance de l’utopie dont nous souhaitons réhabiliter l’expression à l’occasion des débats à venir et porter notre projet partout où nous sommes présents, au-delà des querelles partisanes.
Au sein d’Utopia, nous défendons des idées « historiques » et constitutives de l’identité verte : la critique de la triple aliénation aux dogmes de la croissance, de la société de consommation et de la centralité de la « valeur » travail ; la défense d’une autre société, fondée sur des bases nouvelles, seule à même de répondre au défi historique qui nous est posé par la crise écologique.
Nous, militants Verts d’Utopia, avons décidé de nous organiser au sein des Verts parce que nous pensons que notre parti, comme les autres forces de gauche, est aujourd’hui à un carrefour imposé par la crise écologique et sociale dont nous devons anticiper les effets et analyser les origines. Nous estimons que la responsabilité historique qui pèse sur nous est très lourde. A notre niveau, nous entendons prendre notre part dans la réponse apportée à ce défi.
Les Verts devant la nécessité historique d’agir
Lors de la campagne présidentielle de 1974 de René Dumont, les Verts se sont positionnés en lanceurs d’alertes aux visions alors jugées irréelles et sans fondement. Trente ans plus tard, la réalité dépasse ces prévisions avec l’avènement ultime d’un capitalisme devenu mondialement destructeur.
Le Grenelle de l’Environnement a placé les organisations écologistes au coeur d’un débat crucial. Le décalage patent entre les déclarations d’intention du Grenelle et la réalité de leur transposition dans les faits, que ce soit sur les OGM ou sur les autoroutes, met en évidence l’impossibilité d’adapter de manière « durable » le modèle de développement actuel. Celui-ci s’inscrit dans un cadre productiviste de l’économie de marché avec pour seul moteur la « croissance ». Nous n’échapperons pas, collectivement, à une remise en cause de sa nature, de sa finalité et de son évaluation en terme de « production de richesse » réelle.
Les crises sociales et écologiques sont liées et ne peuvent trouver une issue que par un traitement global, une remise en cause fondamentale du système politique et économique qui en est à l’origine.
Le projet que nous développons se propose de créer un nouvel imaginaire politique pour débattre et construire ensemble une politique citoyenne qui mette en avant la gratuité, l’accès inconditionnel aux droits fondamentaux, un nouveau rapport au temps, au travail, aux biens, aux liens, à l’environnement et à la Terre.
On ne fait pas de bonne politique sans avoir une vision précise de la société vers laquelle on veut aller. On ne combattra pas efficacement ce système capitaliste sans concevoir une nouvelle pensée et un projet à la hauteur de l’enjeu que nous impose le contexte environnemental et social.
La nécessité d’une remise en cause globale du système productiviste par la proposition et la construction d’un idéal : notre alterdéveloppement
Nous devons reprendre le combat des objectifs et des idées pour proposer une alternative ambitieuse et crédible au modèle actuel. Notre alterdéveloppement passe par la remise en cause du capitalisme qui combine deux caractéristiques incompatibles avec notre projet :
• Il pose la rentabilité du capital comme objectif unique,
• Il est par nature englobant pour l’individu et la société.
• Il transforme les désirs en besoins, érige le travail et le mérite en valeurs, pose l’échelle économique et sociale comme la hiérarchie naturelle des rapports humains.
Cette perspective nécessite la remise en cause de trois dogmes :
• La croissance comme solution « magique » à tous les maux économiques et sociaux,
• L’aliénation à la société de consommation qui veut nous faire croire qu’il faut consommer pour exister,
• La centralité de la valeur travail comme seule organisation de la vie sociale.
Pour Utopia le combat contre ces trois principales aliénations permet ensuite d’imaginer la société dans laquelle nous voulons vivre et construire notre alterdéveloppement. Ce projet consiste à définir et organiser les conditions pour assurer à tout être humain le droit de vivre et de s’épanouir sur une Terre aux richesses sauvegardées.
Se donner les moyens de construire et porter un idéal à gauche
Nous faisons un constat : le peuple de gauche – car nous voulons croire qu’il existe encore un peuple de gauche –, pas plus que le « peuple écologiste », n’a que faire des querelles picrocholines d’appareil des Verts (pas plus d’ailleurs que de celles du PS, du PC ou de la LCR). Le peuple écologiste n’a que faire de savoir comment l’assemblée générale des Verts en 2008 établira les équilibres entre des chefs de clans plus soucieux du maintien de leur mandat que de l’avenir de leur parti.
Il faut aussi en finir avec les errements contre-productifs générés par le débat autonomie / union avec la gauche dite « de gouvernement ». L’autonomie est idéologiquement irréprochable. Mais elle ne permet pas, dans la plupart des cas, de gérer réellement les affaires de la cité. L’union à tout prix peut permettre d’obtenir quelques postes dans les exécutifs. Et ensuite ? S’ils se contentent de cela, les Verts se montrent des politiciens comme les autres. L’action des groupes locaux a été paralysée de longs mois par ce débat. Cela a épuisé nombre de nos sympathisants. Dépasser le débat autonomie / union passe avant tout par la construction d’une véritable alternative.
Cette alternative politique doit selon nous se construire autour de l'émergence d'une gauche d'avant-garde fondée sur une identité écologiste, altermondialiste et antiproductiviste, capable de transformer la société, de porter de nouveaux idéaux et de les réaliser.
A l’issue de l’Assemblée Générale de 2008, la direction des Verts devra se consacrer à rendre possibles les conditions nécessaires à une telle reconfiguration autour d’un idéal de gauche clairement affirmé.
Nous reprenons à notre compte l’idée émises par différents mouvements à gauche d’organiser dès 2009 des assises de la Gauche du 21e siècle. La tâche n’est pas aisée : il faudra savoir mettre le patriotisme de parti dans la poche, tout en oeuvrant de toutes nos forces à la structuration de ce puissant pôle anti-productiviste. Il faudra également mettre en place au sein et en dehors du parti les conditions de débat et de réflexion pouvant porter ce projet.
Dans ce contexte, UTOPIA s'emploie à faire converger citoyens, associatifs, intellectuels et politiques, pour imaginer et construire un projet de société d’avant-garde fort, humaniste et fraternel, dépassant le système capitaliste. Toute la démarche d’UTOPIA est bien là : porter un idéal, définir une ligne politique claire, défendre des mesures radicales et concrètes.
Les Verts sont aujourd’hui porteurs d’une responsabilité historique à gauche : nous devons redonner sens, matière et projet à l’écologie politique. C’est notre impératif et notre urgence.
La libération d'Ingrid Betancourt est un événement national et international qui ne peut que nous réjouir et récompenser le travail de nombreux citoyens et élus qui, dans les marches, les comités, les assemblées (municipales, régionales, nationales...) ont oeuvré sans relâche pour éviter que le sort des ôtages colombiens ne tombe peu à peu dans l'oubli. Il n'y a pas eu de petites actions, de petites mobilisations, il n'y a pas eu de symboles sans portée politique forte.
Ingrid l'a prouvé pendant 6 ans: elle est une femme d'exception, une battante qui ne se résigne pas, qui ne renonce pas à ses engagements. Avec elle, le combat doit continuer. Combat pour la paix en Colombie bien sûr, contre le cauchemar des prises d'ôtage. Combat aussi pour les valeurs qu'Ingrid a portées haut en tant que femme politique courageuse et déterminée. Nous reproduisons ici l'intervention d'Ingrid Betancourt lors du 1er Congrès des Verts Mondiaux (Canberra, 2001):
"Bien, eh bien je voudrais dire bonjour à tous ici.
Il y a 30 ans, la conscience à l’écologie, à l’environnement s’est éveillée dans le monde. Exprimant un souci citoyen pour le futur de l’humanité et pour l’avenir de la planète.
A partir de là, les partis Verts se sont créés. Aujourd’hui, comme rarement dans l’histoire de la pensée universelle politique, la force de la pensée environnementaliste apparaît comme un mouvement qui peut offrir une alternative sérieuse de gouvernance face à l’échec dramatique de la prédominance des politiques néo libérales . Alors que nos sociétés sont tombées dans les abysses de l’auto-destruction, de l’apartheid économique, et de la dictature du profit, les Verts se révèlent être les seuls proposant un nouveau contrat social et un nouveau modèle économique. Heureusement, ce courant de pensée atteint sa maturité idéologique aujourd’hui, en ce moment où la survie de l’humanité est en jeu. A ce Congrès Mondial des Verts, il est important de considérer tous les scnerarii politiques dont nos forces débattent. Ne regardons pas ce que nous n’avons pas réussi, mais ce que nous pouvons fabriquer, ce que nous pouvons faire, et les domaines dans lesquels nous devons travailler. Ne faisons pas la liste de nos faiblesses, mais plutôt, revendiquons nos forces, parce que ce qui nous revient, en tant que leaders Verts dans cette génération, est de livrer la bataille et de la gagner. Notre destin n’est pas d’être une force politique marginale, non plus que nous ne pouvons nous satisfaire d’être une force de soutien pour la construction de majorités politiques temporaires. Nous devons rechercher le pouvoir et l’obtenir. Nous ne pouvons pas nous sous-évaluer parce que le monde est tourné vers nous et attend de grandes actions. C’est ça la réalité. Nous faisons flotter le drapeau moderne du nouvel humanisme, notre combat est celui du salut de la planète, il est pour la survie de toute l’humanité, de son histoire, de sa dignité, de sa richesse culturelle accumulée, et de sa diversité. C’est notre nouvelle frontière, une frontière immatérielle et universelle, frontière plus dramatique que la conquête du Nouveau Monde, ou que le premier pas de l’homme sur la lune, parce que pour l’atteindre, nous ne pouvons pas compter sur notre résistance physique, morale ou technologique.
Si il est vrai que la foi déplace les montagnes, et que David a vaincu Goliath, alors notre combat devrait être victorieux. Parce que pour défendre le droit de vivre aujourd’hui comme dans le passé, cela implique de l’héroïsme, du caractère, et du courage. Ne nous trompons pas nous-mêmes. Pour être Vert dans ce nouveau millénaire, nous devons revêtir l’uniforme du nouveau samouraï . Pour défendre nos valeurs, nos principes, nos idéaux, par dessus tout, même plus que nos vies. Parce que sans ces valeurs, sans ces principes, et sans ces idéaux, la vie devient une condamnation.
Nous devons comprendre l’essence de ce que nous dessinons pour le monde, le salut de la planète, le droit de vivre, ce n’est rien d’autre qu’un combat pour des valeurs. Ces valeurs sont celles que tous les êtres humains partagent, indépendamment de la couleur de notre peau, ou du nom que nous donnons à nos dieux. Et parce que ce sont des valeurs essentielles elles ne sont pas négociables. Dessiner un nouvel ordre économique, un nouveau pacte social, ce n’est pas une utopie, c’est simplement une chose basique, le minimum, pour continuer de fonctionner comme des sociétés dans un monde globalisé. Je dis cela avec force et angoisse parce que je crains que nous ne puissions plus perdre de temps. Aujourd’hui nous avons une chance; il est encore temps de stopper le système d’auto-destruction qu’ils veulent nous imposer. Mais cela dépend de notre volonté, de notre force de caractère, de notre engagement et pas de ce qu’ils voudront nous accorder de leur pouvoir.
Pour cette raison, la première chose que nous devons vaincre, c’est notre propre scepticisme. Cette guerre que nous allons gagner sera gagnée plus rapidement parce que nous pouvons communiquer des certitudes vers les multitudes. C’est une confrontation moderne dans laquelle l’information est stratégique et elle sera gagnée d’abord avec des idées. Le futur est Vert et il le sera. Merci."
Les parents, depuis leur naissance, les ont nourris au pétrole. Et les petits s'en sont gorgés, ils ont tété, tété jusqu'à plus soif, jusqu'à ne plus pouvoir s'en passer. Evidemment, ils ont fait taire leurs vilains frères qui les mettaient en garde contre ce lait empoisonné, qui ne cessait de s'épuiser. Fi! La précieuse liqueur coulait à flot et faisait grandir les petits, sous le regard, toujours bienveillant, de leurs parents.
Ce matin, les enfants se sont réveillés le ventre moins plein que d'habitude: la source magique commence à se tarir, il n'y en aura bientôt plus pour tout le monde. Alors les ados accusent leurs parents, et se rebellent: ils font leur crise d'adolescence. Ils crient, s'indignent, sortent dans la rue pour y faire des bêtises, insultent leur papa quand celui-ci vient les voir pour les calmer. A qui la faute? Aux parents inconscients, qui n'ont jamais voulu donner à leur progéniture les moyens de son autonomine? Aux enfants insouciants, qui ont refusé de grandir pour rester dans l'ombre rassurante de l'ignorance? Les frères jadis rejetés se tiennent dans un coin, un sourire narquois et inquiet dessiné sur les lèvres.
Cependant, les parents indignes ont trouvé la solution pour ramener la tranquillité dans la maison agitée: l'argent de poche, histoire de faire taire les fils ingrats pour un moment. Mais peut-on acheter à si bon prix la paix sociale quand la situation est si préoccupante? Les parents, parant à tout éventualité, ont ressorti les bons livres d'histoires qu'ils contaient naguère à leurs bambins pour mieux les endormir. Dans ce monde idéal où la voiture est reine, les hommes découvrent chaque jour, très loin là-bas à l'autre bout du monde, de nouvelles réserves de pétrole inépuisables. Si les temps s'assombrissent pour le royaume, ce n'est pas pour bien longtemps: bientôt le soleil brillera à nouveau sur les carrosseries triomphantes, bientôt les enfants tèteront avec autant d'allégresse que dans leurs vertes (?!) années.
Les mauvais frères, qui n'ont jamais cru à ces histoires, sont toujours mis de côté: de quel droit viendraient-ils perturber la douce rêverie des autres? Pourquoi ces malfaisants prennent-ils un malin plaisir à effrayer tout le monde? Certes ils n'avaient pas tout à fait tort, mais après tout, ce ne sont pas eux qui commandent, ce ne sont pas eux les parents!
Finalement les ados font leur petite crise comme tous les jeunes de leur âge: ils disent vouloir quitter la maison, prendre leur indépendance, mais ils restent tard le matin dans leurs lits bien douillets, et rentrent le soir à l'heure du repas. Comme tous les jeunes de leur âge, ils éprouvent cette angoisse diffuse qui s'attache à l'avenir, au fatidique moment où il faudra vraiment changer d'appart, de ville, de vie...
Espérons en tout cas qu'ils mûriront assez tôt pour prendre leur destin en mains sans s'en remettre aux promesses démagogiques de parents désemparés qui se sont trompés d'époque. Espérons que, devenus adultes, il ne faudra pas agir avec eux comme avec des enfants: leur taper sur les doigts pour qu'ils comprennent que c'est mal, leur promettre la carotte et leur tendre le bâton, les punir pour ne pas qu'ils recommencent, les distraire un moment pour leur faire avaler, sans qu'ils s'en aperçoivent, la pillule dont le goût ne leur sied pas.
Pourtant, si la gauche veut reconquérir le suffrage des citoyens et se redonner une crédibilité, elle doit redevenir idéologiquement offensive, elle se doit de mener le combat d'idées qu'elle vient de perdre et qui risque de lui échapper définitivement.
Pour cela, la gauche doit se saisir d'elle-même, ne pas céder aux sirènes de ceux qui veulent la complexer, affirmer et revendiquer ses valeurs, sa vision de la société et du monde. Ce combat, c'est celui que peut et doit mener la gauche alternative, gauche alternative que « Politis » appelle de ses voeux (http://www.politis.fr/L-alternative-a-gauche-organisons,3708.html), gauche alternative dont nous rappelons ici le socle pentagonal:
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écologie politique
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transformation sociale
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démocratie et VI° République
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liberté de chosir sa vie
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altermondialisme
Chacun de ces points est une arme que nous devons savoir manipuler pour déjouer la stratégie de nos adversaires politiques. Il s'agit de faire enfin entrer notre pensée (ses paradigmes, sa cohérence) dans le débat politique qui se déroule dans les journaux, à la télé, dans les élections (locales, nationales, européennes...). L'enjeu n'est pas dans la bataille mesure contre mesure, mais dans l'affrontement des projets et des visions: la conquête politique ne se fera pas de manière pérenne sans une victoire philosophique.
Ecologie politique: nous ne repenserons pas notre mode de développement sans remettre en cause le dogme de la croissance infinie (et par là même celui du productivisme), nous ne sortirons jamais de la crise énergétique si nous continuons à négliger le plus grand gisement d'énergies, celui des économies. On le voit, c'est l'idéologie du toujours plus qu'il nous faut combattre. On ne fera jamais d'écologie politique si l'on refuse de (se) poser ces questions primordiales.
Transformation sociale: quel progrès social et sociétal attendre d'une gauche qui ne repense pas l'activité (dont le travail salarié n'est qu'une modalité parmi d'autres)? Refuser le chantage des libéraux qui imposent leur réalité économique, rompre avec la logique du plein emploi pour aller vers une société de la pleine activité, repenser la richesse et l'échange, rompre avec la logique des heures supplémentaires pour poursuivre la réduction du temps de travail (indissociable d'une politique écologiste et émancipatrice): tels sont les défis de la gauche alternative.
Démocratie et VI° République: la gauche alternative doit s'attacher à renverser l'idéologie présidentialiste, s'attaquer au culte du chef pour remettre l'action et la délibération collectives au coeur de la Cité. Homme politique ne doit plus être un métier, une rente, un privilège: redonner souffle à la démocratie, c'est revenir à ses origines, c'est rendre possible et effective la participation de tous à la chose publique, c'est permettre à tous les courants de la société (même ceux qui sont actuellement jugés marginaux ou minoritaires) d'être équitablement représentés, sans céder au repoussoir fantasmé de la IV° République. La démocratie véritable et volontaire n'a pas à craindre le débat.
Emancipation, la liberté de choisir sa vie: l'offensive réactionnaire est lancée, l'esprit de mai 68 et de la révolte libertaire est chaque jour un peu plus dépecé. Là encore, nous devons dire non à la pensée dominante, nous devons permettre à chacun de s'épanouir, de créer, d'inventer, sans se soumettre à un ordre moral qui oppresse les individus, broie les personnalités et les destins. L'esprit de la révolte contre l'injustice (sociale, sociétale) doit plus que jamais nous animer sans faillir. Nous croyions que les mouvements de libération initiés il y a quelques décennies étaient encore des graines qui, arrosées par le cycle des années, finiraient par porter leurs fruits. Pourtant, le progrès sociétal n'est pas linéaire, il est chaque jour à conquérir: il est aujourd'hui, non pas à sauvegarder, mais à reconquérir.
Altermondialisme: à l'heure des tentations de replis (nationaux, régionaux, religieux...), il est plus que temps de ramener la notion de « citoyen du monde » sur le devant de la scène politique. La pensée mondialiste n'a jamais autant été en phase avec son époque. Les combats écologiste, social, démocratique et pacifiste n'ont pas lieu d'être sans dimension internationale. L'émergence de la société civile mondiale démontre la capacité de la gauche alternative à s'organiser pour faire entendre une autre voix à l'échelle mondiale. Cette voix, c'est celle du cri de guerre que nous nous devons de pousser dès aujourd'hui. Un cri contre ce qui est insupportable, un cri de lutte, un cri de victoire et de libération.
A quelques jours du grand rendez-vous de Tours qui doit avoir lieu samedi 30 juin à l'initiative du "Manifeste pour la Refondation de l'Ecologie politique", j'ai eu envie, en tant qu'écologiste, d'apporter ma petite contribution au débat qui, et l'on peut s'en réjouir, fait "rage" dans les sphères écolos.
Force est de constater que deux grandes voies de refondation ont été jusqu'ici envisagées:
* la voie de l'auto-refondation au sein des Verts par les Verts eux-mêmes. Ce qui risque d'être difficile voire impossible. Je crois que les difficultés que rencontre aujourd'hui l'écologie politique sont trop profondes pour se contenter d'une rénovation du parti, de ses structures et de son fonctionnement. A cela, il ne faut pas oublier que les tenants des divers courants pèseront de toute leur force d'inertie pour ne rien bousculer; ces courants qui ont auront le dernier mot, et la peau des Verts... Bref, je crois que cette refondation/rénovation par le haut n'accouchera que d'une révolution de palais, et au final, du statu quo.
* la voie de Tours qui mise, ce qui apparaît de plus en plus clairement, sur une refondation environnementaliste. En effet, à vouloir rassembler les écolos de gauche, de droite et du centre pour renouer avec les 10% supposés de N. Hulot, on finit par réaliser l'unité sur le strict minimum, c'est-à-dire la protection de l'environnement (quid des 35heures, de la politique d'immigration, du mariage homosexuel...). Si Tours s'avère effectivement être une refondation environnementaliste, alors l'écologie politique prendra un coup sévère. A l'heure où les grands partis politiques ont intégré l'environnement dans leurs programmes mais n'ont pas compris que l'écologie nécessitait une réflexion globale sur le modèle de développement, la société contemporaine, l'environnementaliste est un écueil pour les écologistes. A Tours, le bateau de l'écologie politique, ivre de son succès, risque de se lancer allègrement sur ces écueils qui sont les plus menaçants alors que la survie de l'écologie politique passe avant tout par son affirmation comme projet de société global qui concerne tous les domaines de la Cité.
Je déplore qu'une troisième voie, audacieuse, ambitieuse et durable, ne soit pas plus discutée: celle d'une écologie politique qui s'affirme, s'assume et participe à la construction d'une alternative humaniste et progressiste avec ceux qui partagent le constat d'une nécessaire remise en cause du dogme productiviste, de la croissance infinie, du travail comme valeur centrale. Osons une écologie poltiique ouverte qui ne se barricade pas dans son parti mais constitue l'un des piliers d'une gauche alternative, écologiste, altermondialiste, combattant pour l'émancipation des individus au sein d'une société tolérante, respectueuse et solidaire!
Non l'écologie politique n'est pas réductible à la protection de l'environnement! Oui, une écologie politique ambitieuse et courageuse implique des choix de société alternatifs (temps de travail, urbanisme, consommation, politique européenne et étrangère, agriculture, éducation, santé).
Il existe un espace pour un pôle entre le PS et le trotskisme, ce pôle c'est celui de la gauche alternative, écologiste et altermondialiste, qui reste à construire! Un pôle qui ne confond pas radicalité de la pensée et réalité des alliances politiques, compromis et compromission... Ce pôle doit se rassembler sur la critique d'un mode de développement destructeur de l'environnement et de l'homme et s'ériger sur des valeurs communes, clairement affirmées et partagées:
* écologie: remise en cause de la croissance infini, du productivisme. Repenser le travail, la richesse, le développement. Penser la décroissance de l'empreinte écologique et un développement plus harmonieux, plus viable et vivable. Non au "toujours plus", Oui au "encore mieux"
* transformation sociale: alternative au libéralisme (la seule posture anti-libérale n'est pas suffisante), penser une économie plurielle et de nouvelles solidarités non marchandes (développement du secteur de l'économie sociale et solidaire, secteur associatif...).
* un pôle altermondialiste, qui mondialise l'écologie et la solidarité. Solidarité nord/sud, promotion de la paix, de la non-violence, du désarmement et réelle politique de co-développement! "Il n'y a pas de chemin vers la paix, la paix est le chemin" Gandhi. Un pôle qui agit local et pense global (et vice-versa). Un projet qui s'inscrit dans une optique mondialiste.
* lutte contre toutes les formes de discriminations, politique de "l'égalité réelle" pour les femmes, les homosexuels, les immigrés (et leurs enfants Français), les handicapés! Politique alternative de l'immigration. Considérer la différence comme une richesse dès l'école! L'autonomie des individus, la liberté de choisir sa vie doit être une priorité. (Ce qui conduit à penser un nouvel équilibre entre l'individu et la collectivité).
* une VI° République: une démocratie plus participative qui n'exclut personne et qui implique l'ensemble de la société, un Parlement renforcé, une démocratie assainie (proportionnelle, non cumul des mandats...)