En sortant d'une librairie toulousaine, j'ai aperçu une pile de tracts qui présentaient les candidats pour une alternative à gauche (la titualire est "gauche alternative", le suppléant PC) sur la 1ere circonscription de Toulouse (le candidat Vert est Pierre Labeyrie, qui a failli faire tomber P. Douste-Blazy en 2002 quand il représentait toute la gauche).
Premiers jalons
Cette démarche unitaire a posé des premiers jalons puisqu'elle tente de mettre en mouvement les différentes forces situées à la gauche du PS et de proposer une alternative au modèle de société actuel, un projet de transformation tourné vers le progrès social, envrionnemental, institutionnel, sociétal. Cette convergence était soulignée sur le tract par la juxtaposition de valeurs fédératrices (Laïcité, Altermondialisme, Féminisme...) qui représentent en effet les combats que porte aujourd'hui l'ensemble de la gauche alternative.
Crise d'identité
C'est bien d'aligner les mots, c'est mieux de leur donner un contenu idéologique, politique, programmatique. Les quelques mesures qui étaient présentées sur le tract révélaient les limites de la démarche unitaire: le programme était essentiellement local et minimal (la question environnementale réduite aux transports en commun par exemple). Qui est donc cette gauche alternative, antilibérale, cette gauche de la gauche, cette gauche des collectifs unitaires? La multiplicité, la diversité des alliances, accords et autres arrangements dans les circonscriptions ne sont pas pour clarifier cette objet politique encore non identifié.
Les pieds d'argile de celui qui se voyait déjà colosse
Pourtant, les hérauts de la démarche unitaire à la gauche de la gauche ont voulu construire leur dynamique sur le socle du "non" au TCE. Force est de constater, après les scores de José Bové et de Marie-Georges Buffet, que cette dynamique sinon n'existe pas, du moins n'est pas "porteuse". Ce que les dragueurs des collectifs unitaires n'ont pas voulu voir, c'est que ce "non" qu'ils s'approprient, qu'ils portent comme étendard, ce "non" dit de gauche est plus le refus de l'Europe et de la mondialisation que la critique d'un modèle ultralibéral dont le TCE aurait été le cheval de Troie. On sait bien que le Parti Communiste s'est opposé, à chaque étape de sa construction, au projet européen et qu'il a peu à peu abandonné l'optique internationaliste pour se replier sur un projet beaucoup plus national. Il ne s'agit pas ici de relancer le débat sur le TCE, mais de regarder en face d'où vient le "non" (même de gauche) et ce qu'il signifie.
Un autre non
Puisque c'est avant tout la peur face aux enjeux contemporains de la mondialisation, face à une Europe élargie qui a motivé le "non" au TCE, la gauche alternative doit approfondir la remise en cause du mode de développement actuel, convertir le rejet en projet, dépasser la simple posture "anti-libérale" (dont les frontières avec l'anti-capitalisme sont floues chez certains) et élaborer un projet de société alternatif, un projet de transformation qui ne peut s'enraciner que dans un nouveau refus, un refus beaucoup plus pertinent car plus profond et plus structurant: je parle bien sûr du refus d'un modèle de développement fondé sur le toujours plus, le dogme de la croissance, la centralité de la valeur travail et le productivisme.
C'est là que sont les enjeux futurs, les nouvelles lignes de faille politiques, les nouveaux clivages qui font la compatibilité ou l'incompatibilité des projets entre eux. Que penser du rassemblement actuel où cohabitent écologistes et communistes (favorables au nucléaire, incarnant la gauche productiviste, héritage du siècle de la révolution industrielle)? Que penser de ces alliances, parfois de circonstance, entre une gauche de gouvernement, une gauche qui aspire à exercer le pouvoir et une autre qui le refuse?
La gauche alternative se condamne si elle persiste à se méprendre sur le "non" au TCE et à faire d'une divergence d'opinion mineure un faux clivage structurant (en effet, tous les citoyens de gauche, qu'ils aient voté "oui" ou "non" souhaitent une Europe sociale, politique, solidaire, voire écologique; la division a eu lieu concernant non pas la fin mais les moyens pour y parvenir).
Le refus de l'alternative de gauche ne peut qu'être le refus d'un modèle de développement prédateur, destructeur de l'environnement et de l'humain (santé, lien social, bien être, bien vivre, vivre ensemble...) qui rejoint là les enjeux du sicèle (urgence écologique, mondialisation...), il lui faut sortir de la posture négative de "l'anti" (la pollution n'est pas seulement l'effet du libéralisme mais de tous les modes de développement qui font de la croissance de la production et du travail comme valeur centrale les piliers de leur projet): dire non pour dire mieux.
Quelle chance pour les Français! Ils ont voté pour un candidat écolo sans même le savoir. M. Sarkozy, héraut de la Révolution Ecologique? En plus, l'UMP rend même un hommage émouvant à Dominique Voynet en intitulant le chapitre "Ecologie" de son projet législatif "Une révolution écologique"!!!! Conversion soudaine ou camouflage politiquement correct?
Avant la campagne électorale:
Nicolas Sarkozy est le numéro 2 d'un gouvernement sous lequel la France apparaît comme l'un des plus mauvais élèves de l'Europe en matière d'envrionnement (les amendes et les mises en garde se succèdent).
Le même gouvernement promeut une loi qui fait peser sur les contribuables le coût de l'assainissement des eaux polluées par l'agriculuture intensive. C'est toujours le même gouvernement qui autorise la construction de l'EPR alors qu'une majorité de Français s'y oppose (sondages à l'appui). M. Sarkozy ne profite ni de sa notoriété ni de sa position au sein du gouvernement ni même de son statut de président de l'UMP pour s'élever contre ces mesures anti-écologiques.
Pendant la campagne:
La protection de l'environnement est le grand absent du projet et des discours du candidat Sarkozy.
Lorsque des écologistes se font passer pour des journalistes américains qui s'inquiètent de la signature du Pacte Ecologique de Nicolas Hulot, le porte-parole du candidat de l'UMP répond qu'il ne s'agit là que d'un coup médiatique et propose même la collaboration à un projet (inventé par les écologistes plaisantins) qui consisterait à produire de la glace en Chine et à l'envoyer par avion au pôle nord (aberration écologique s'il en est).
Lors du débat qui l'oppose à Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy fait la preuve de son incompétence en matière environnementale (il ne sait ni ce que représente le nucléaire dans la production et la consommation d'énergie en France, il ne sait pas à quelle génération de réacteurs apaprtient EPR).
Nicolas Sarkozy défend le nucléaire alors qu'il sait (ou peut-être pas d'ailleurs) que le développement du nucléaire empêche celui des énergies renouvelables (on ne peut pas tout payer), qu'il crée beaucoup moins d'emplois et qu'il nous fait courir des riques inconsidérés (risque sanitaire, risque naturel, terroriste, risque de défaillances et d'incidents techniques qui se produisent déjà régulièrement).
Enfin, pendant la campagne, M. Sarkozy a refusé tout débat avec les écologistes et notamment Noël Mamère qui le lui avait demandé...
Après la campagne:
Notre président très soucieux de l'effet de serre s'empresse, une fois élu, de filer à Malte... en jet privé (cherchez l'erreur).
Il prouve lors de son séjour Maltais qu'il entretient de bonnes relations avec de grands lobbies destructeurs de la planète auxquels s'opposent les écologistes.
Sur le Super-Ministère confié à Alain Juppé: Gérard Onesta annonce qu'il "faut assurer une garantie de moyens" et déplore que notre Super Ministre de l'environnement ne veuille "remettre en cause ni le poids de la bagnole, ni les OGM, ni l'agriculture polluante!". En effet, les mesures qui commencent à être annocées ressemblent bien plus à du saupoudrage et à de l'écologie paillette quà une réflexion en profondeur sur notre modèle de développement et sur une réelle volonté de faire primer la logique environnementale et humaine sur la logique financière et boursière...
Un programme incompatible avec une politique écologiste:
Un programme noté 8,5/20 par les associations de l'Alliance pour la Planète.
Un programme qui assume la fuite en avant productiviste ("Travailler plus etc...")
Une première réunion avec des associations environnementalistes qui se veut symbolique mais qui mécontente beaucoup d'écologistes: un communiqué du Réseau Sortir du Nucléaire (qui n'était pas convié à l'Elysée) annonce que:
"Agir pour l’environnement, la Confédération Paysanne, Europe solidaire sans frontières (ESSF), l’Association de protection des espèces menacées (AVES) et le Groupe de Réflexion et d’Action Pour une Politique Ecologique ont rejoint le Réseau Sortir du nucléaire dans cette demande au gouvernement d’annuler le décret de l’EPR comme préalable indispensable à tout Grenelle de l’environnement. "
Le brouillage idéologique et politique qui a été mené tout au long de la campagne s’est appuyé sur un véritable brouillage sémantique : on a vidé les mots de leur sens en ne les utilisant plus que comme des instruments politiques, des slogans jetés dans les meetings comme on jette de la poudre aux yeux…
On a toujours fait de la politique avec des mots parce que les mots portent en eux des idées, des valeurs, des principes, des révoltes et des combats. Cependant nous avons vu nos hommes politiques se transformer en sophistes infernaux manipulant les mots pour mieux manipuler leurs auditeurs.
« Ignoble » : Nicolas Sarkozy s’est offusqué de ce qualificatif employé par Ségolène Royal pour qualifier sa proposition de ministère de l’indenté nationale. Calmez-vous M. Sarkozy, « ignoble » signifie étymologiquement « qui n’est pas noble » et il n’était ni insultant, ni excessif d’affirmer qu’une telle proposition n’était pas noble…
« Bravitude » : néologisme volontaire ou non ? Chateaubriand l’aurait lui-même utilisé en son temps… Mais peut-être qu’une polémique sur ce mot était utile pour masquer la platitude de certains programmes en terme de politique internationale…
« Rupture » : ça fait mal ; heureusement M.Sarkozy a su l’éviter en composant son gouvernement avec des personnalités de droite qui ne sont pas nouvelles en politique (Fillon, Juppé, Bertrand, Bachelot, Boutin, Lagarde, Alliot-Marie, Kouchner…). S’il y a eu rupture c’est effectivement entre les mots et les actes : ça fait mal quand même !
« Blum », « Jaurès » et les autres : l’histoire n’appartient à personne, c’est bien pour cela qu’il est encore plus révoltant de la voir récupérée de manière indue. N. Sarkozy ne peut pas sérieusement se draper dans les linceuls de ces hommes de gauche qui ont voué leur vie au progrès social et humain alors que ceux-là mêmes combattraient ses idées s’ils militaient encore de nos jours… (il n’est qu’à comparer les 40heures du Front Populaire de Blum et le slogan de Sarkozy).
« Développement durable », « Ecologie », « Environnement » : employés à souhait comme synonymes pour draguer l’électeur écolo. Il n’en a pas fallu plus à Nicolas Hulot pour se réveiller le 7 mai le sourire aux lèvres et convaincu que la France avait élu un président écologiste… C’est pas grave on continue avec le Super Ministère d’Alain Juppé, ministère du « développement et des aménagements durables » qui sonne déjà comme un titre creux, dont les moyens sont encore inconnus et tenu par un homme politique discrédité, qui a mis les Français dans la rue et dont l’honnêteté peut légitimement être remise en cause.
Rappelons quand même que ni l’agriculture ni la santé ne relèvent, de près ou de loin, de ce ministère de l’écologie paillettes…
« Droite et gauche » : non ce n’est pas la même chose. S’il existe des partis différents ce n’est ni pour faire joli ni pour faire peur à M. Bayrou. Même si les clivages ont évolué et se sont déplacés (sur les questions sociétales, la question du productivisme et de l’Europe…) il existe bel et bien des projets de société qui ne regardent pas vers le même horizon et qui sont radicalement incompatibles.
« Travail », « croissance » etc… : mots à la mode, mots-clés, sésames du Palais élyséen, mots magiques… Comme si la centralité de la « valeur travail » dans nos sociétés modernes était une évidence ! Peut-être la plus dangereuse des évidences langagières de la campagne. Une réelle réflexion sur la croissance, le développement, la place du travail dans la société, la notion de richesse, la création de nouvelles solidarités et d’une nouvelle autonomie est indispensable à la construction d’un projet alternatif qui remet l’humain au centre de la politique.
« Humanisme » : je me contenterai de citer Noël Mamère qui a remis les choses et surtout les mots à leur place lors de la soirée électorale du 6mai : « Le Sarkozysme n’est pas un Humanisme »
Trois élections présidentielles consécutives que la gauche perd… Réjouissons-nous d’abord de cette poussée démocratique qui espérons-le, se prolongera lors de prochains scrutins. Mais ne nous y trompons pas, ce soir c’est à la défaite de l’humanisme et du progrès que nous assistons !
Je pense que ce résultat est avant tout le résultat du brouillage politique qui a été mené tout au long de la campagne, une campagne où l’on a mis en avant des questions techniciennes et sectorielles au risque d’occulter la réalité des projets, des idées et des idéaux qui font la cohérence d’une politique et qui donnent une vision globale de la société, du monde, de l’avenir…
« Travail, autorité, morale » sont les trois premières valeurs que Nicolas Sarkozy a citées lors de son premier discours de Président. Le cap est fixé !
Il est venu maintenant le temps pour tous les citoyens attachés aux valeurs de progrès et aux valeurs humanistes de se rassembler pour dire que :
-
nous refusons d’être réduits à une armée de producteurs et de consommateurs à qui on demande toujours plus
-
nous refusons la loi du chacun pour soi où la seule règle est celle de la concurrence et qui cause déjà tant de dégâts humains
-
nous refusons la stigmatisation des jeunes, des habitants des banlieues, des chômeurs, des homosexuels, des sans papiers….
Il est venu maintenant le temps où la gauche, comme l’a dit Ségolène Royal, doit réaliser son évolution, trouver des lignes de convergence nouvelles et se réunir sur des enjeux fondamentaux :
- le progrès social et la solidarité conciliés avec l’efficacité économique
- la révolution écologique, alternative humaniste essentielle qui doit orienter toutes les politiques
- la rénovation démocratique avec une VI° République plus représentative et plus participative
- la promotion d’une Europe et d’un monde plus justes, plus solidaires, plus écologiques et moins violents
Le « troisième tour » que constituent les législatives est l’occasion pour tous les citoyens progressistes et humanistes de se faire entendre et de rééquilibrer le rapport de forces ! Le mouvement qui s’est levé et qui a porté les candidatures de Ségolène Royal, celles de la gauche de gouvernement (Dominique Voynet, Marie Georges Buffet) est toujours debout et restera debout ! Les idéaux qui nous guident et qui nous guideront sont toujours bien vivaces.
Comme tous ceux qui ont voté Ségolène Royal aujourd’hui, j’appelle à une gauche moderne, ouverte, une gauche qui assume ses valeurs de progrès et d’humanisme, une gauche qui saura relever le triple défi de l’urgence écologique, de l’urgence sociale et de l’urgence démocratique. C’est tout l’enjeu des mois et des années à venir…
On nous avez bien dit pourtant que ce serait un débat pour l'élection présdientielle... Au bout d'un moment je me suis demandé si on ne nous avait pas menti, ou si je ne m'étais pas trompé de chaîne. En effet, à écouter M. Sarkozy, le télespectateur-citoyen avait plus l'impression d'assister à l'exposé du gestionnaire de la "maison France" qu'à un véritable débat portant sur les projets, c'est-à-dire les visions de la société, du monde et de l'avenir qui sous-tendent des propositions plus concrètes.
M. Sarkozy a pris fait et cause pour la cinquième République, je lui demanderais alors au moins de respecter les principes de sa constitution qui n'assimilent pas le Président à un super-Premier ministre... Et je comprends que Ségolène Royal se soit révoltée: subir à chaque intervention de Sarkozy ce procès en légitimité, en crédibilité, en capacité, être sans cesse accusée de survoler les sujets par ignorance ou manque de précision, être interrogée sur un chiffre qui ne siginifie rien pour le commun des mortels comme une élève qui a mal appris la leçon... Vraiment ça devenait lassant, et irritant!
Ségolène Royal a bien essayé de montrer que le projet de société qu'elle porte est un projet global, cohérent et qui par conséquent irradie tous les domaines de la Cité. Nous sommes dans un débat présidentiel, pas dans une querelle d'économistes ou de hauts fonctionnaires! Nous sommes dans un débat politique, pas dans un débat technicien! Nous allons élire un homme ou une femme d'Etat, la voix de la France, pas un intendant, un gestionnaire... Si M. Sarkozy se passionne tant pour les budgets et les chiffres mais qu'il est incapable de dessiner les grandes lignes d'un projet d'avenir, incapable de parler sérieusement du nucléaire et de l'écologie, il fallait rester tranquillement (adverbe qui pourrait résumer le rôle surjoué qu'il a voulu incarner hier soir) au ministère des Finances...
Et puis quelle attitude péremptoire pour un homme qui veut gouverner pour tous les Français et rassembler large sur sa candidature: là encore deux visions de la politique s'affrontent. Nous ne voulons pas élire un superman, un Monsieur je sais tout sur tout (ce qui est d'ailleurs loin d'être le cas comme nous l'avons vu), nous ne sommes plus au temps du peuple fasciné par l'homme extraoridinaire, l'homme providentiel: nous sommes conscients d'élire un être humain qui peut avoir des doutes, qui n'est ni omniscient ni omnipotent mais qui a au moins le mérite de construire la politique, notre avenir, avec nous...
Et c'est cette leçon d'humanisme que nous a donnée Ségolène Royal: dans sa révolte contre les propos de Sarkozy sur le handicap elle a montré cette capacité d'indignation qui fonde tout engagement politique sincère, qui donne la détermination et le courage nécessaires à l'action. Elle a montré que l'enjeu du débat dépassait de loin les pinailleries techniciennes et gestionnaires: elle a montré avec panache et dignité que la grandeur de l'action politique réside dans cette Révolte fondamentale de l'être humain, qu'un projet est avant tout une fédération d'espoirs, de combats, de principes communs. Ségolène Royal, hier soir, a réhabilité la politique et l'humain en politique...