Merci et bravo Dominique pour ton courage, ta détermination, ta constance, ton sérieux, ta ténacité...
Nous connaissons tous les raisons de ce score, un trop petit score qui n'est absolument pas à la taille des idées que portent Dominique Voynet et les Verts.
Parce qu'il y a encore 20 ans les Verts naissaient à peine, parce que de tout temps les écologistes ont dû se battre pour leurs idées, leurs projets, parce qu'il n'y a pas de fatalité en politique, les Verts relèvent déjà la tête. Face à Sarko pour faire gagner la gauche et éviter la catastrophe que constituerait une victoire de l'UMP pour notre pays et notre planète. Face aux élections à venir, les législatives, les municipales qui sont encore à gagner...
Les limites du vote utile apparaissent: la gauche est affaiblie et Ségolène Royal, que les Verts mais bien au-delà, que tous les Républicains progressistes et humanistes soutiennent, dispose de peu de "réserves". Nous ne pourrons pas gagner et gouverner sans mener une réelle campagne de gauche, nous ne pourrons pas gagner en courant vers la droite le drapeau à la main, nous ne pourrons pas gouverner en humiliant ou en excluant les diverses sensiblités de la gauche parlementaire... Il ne tient qu'à Ségolène Royal, au PS, au PRG, au MRC, aux Verts, au PC d'affirmer les valeurs de solidarité, d'égalité, de respect, de tolérance, de volonté politique, bref les valeurs humanistes qui font l'identité de la gauche non pas parce que la gauche aurait le monopole du coeur mais parce que la gauche n'a jamais fait sonner creux ces mots là et qu'elle leur donne sens dans son projet de société. C'est véritablement un front humaniste ouvert à tous ceux qui partagent ces idées, d'où qu'ils viennent, qui doit barrer la route de l'Elysée à Nicolas Sarkozy!
Peut être cette situation révèle-t-elle qu'est venu le troisième temps de l'écologie politique: le temps où les préoccupations écolo pénètrent l'opinion et où plus que jamais les Verts devront démontrer, expliquer la globalité et la singularité de leur projet, projet qui envisage un autre mode de développement et qui s'exprime dans tous les domaines de la vie de la cité. Ce troisème temps est aussi un temps de conquêtes et d'alliances nouvelles.
Il n'est plus l'heure pour les Verts de regarder vers l'extrême gauche qui de toute façon est crispée et refuse toute démarche constructive. Les Verts peuvent devenir, s'ils acceptent de mûrir un peu, un pivot de la gauche française, entre le PS et l'extrême gauche, une nouvelle voie (et voix) pour une nouvelle gauche, moderne, qui assume ses valeurs, ses idées, ses utopies, qui prend en compte les défis majeurs du siècle qui s'ouvre, bref une gauche humaniste qui a rompu avec le productivisme, une gauche volontaire et responsable, une gauche qui lutte et une gauche qui réforme...
Les enjeux sont immenses, les idées sont grandes et belles, et dépassent largement l'élection présidentielle de 2007.
Commentaire
Bonjour Sandrine, merci d'engager le débat sur l'avenir des Verts et plus largement de l'écologie politique, débat indispensable dont on ne pourra pas faire l'économie.
Je ne pense pas que la tolérance et le respect soient l'apanage de la gauche. Je pense néanmoins qu'il s'agit là de valeurs humanistes qui riment avec des projets... et ne riment pas avec d'autres. Jusqu'où va la tolérance dans un parti qui refuse le mariage homosexuel par exemple? Il en est de même pour ce qui concerne le respect: où est le respect lorsque M. Sarkozy fustige les "racailles" des banlieues, méprise les habitants du plateau de Millevaches, propose des mesures qui révèlent une logique dans laquelle le chômeur est pensé comme un fraudeur en puissance?
Je suis d'accord avec toi, l'apparition de l'écologie politique a bouleversé les repères droite/gauche traditionnels. Les Verts français se revendiquaient à l'origine du "ni droite ni gauche" avant de se revendiquer clairement de la gauche parlementaire. Pourquoi? L'écologie politique implique un changement de mode de développement, un changement de société et de civilisation. Respecter l'environnement c'est respecter la vie, l'humain: l'humain est donc mis au centre de la politique, se substituant aux valeurs boursières, aux logiques financières. On le voit, l'écologie politique s'oppose à de nombreuses puissances d'argent, à des puissances industrielles, elle s'oppose au productivisme (de gauche comme de droite) mais elle s'oppose aussi à un ordre mondial où 20% des habitants consomment 80% des ressources;
L'écologie politique est donc indissociable de la solidarité. L'urgence écologique va de pair avec une urgence sociale, qu'il s'agisse des SDF de nos rues ou des paysans du Sahël. Parce qu'elle voit loin et vise le long terme, l'épanouissement de l'individu au sein de la collectivité, l'écologie politique est fondamentalement progressiste: égalité homme/femme, mariage et adoption accordés aux homosexuels, lutte contre toutes les formes de discriminations, co-développement, droit de vote des étrangers au moins aux élections locales sont autant de combats qui s'inscrivent plutôt à gauche...
Pour ce qui est de la structure, de la "sociologie" et du type du mouvement des Verts Français, il est clair que le débat reste à mener. Dominique Voynet appelle de ses voeux un parti vert refondé, populaire, massif, qui s'appuie sur le tissu associatif, sur les nouveaux intellectuels écolos et surtout sur l'ensemble des citoyens qui croient en ces valeurs, ce projet, et qui souhaitent y contribuer.
Le mouvement écologiste est la grande et enthousiasmante aventure politique, sociale, humaine, philosophique su XXI°siècle. C'est toute la société civile qu'il faut mobiliser pour changer la société tout court. La prise de conscience est là, il faut désormais la transformer en énergie, en vote, en action politique, en grand mouvement citoyen. Plus que jamais il faut que l'écologie politique se pose comme le projet d'avenir, l'alternative humaniste du XXI°siècle
Je vais reprendre un peu point par point ton commentaire, pour être dans le "débat".
Les exemples que tu prends sur la tolérance et le respect sont tout à fait justes. Mais on peut aussi objecter que le respect est à la base de la notion d'ordre et de hiérarchie prônée par la droite. Le droite est aussi très tolérante vis-à-vis des patrons. Et elle respecte l'institution du mariage avec son fondement religieux (et donc lié à la notion de procréation), d'où son opposition au mariage homosexuel. En fait, on peut faire prendre à ces mots toutes sortes de significations, et ce n'est pas la peine de les "kidnapper" pour en priver l'autre camp. Car si on retourne à l'étymologie, ils ne sont pas si beaux que ça. La tolérance, par exemple, c'est initialement "accepter ce qu'on n'a pas les moyens de refuser" (l'édit de Tolérance contre les protestants, ou édit de Nantes, en est le premier exemple au XVIème siècle). Pas bien positif pour le mariage homosexuel, non ?
Je trouve un peu hâtif le raccourci des écologistes politiques sur "respecter l'environnement c'est respecter la vie, respecter l'humain". Je suis d'accord avec la première partie de la phrase. Mais je ne vois pas la logique qui permet de franchir la virgule : l'humain n'est pas la vie ; c'est une partie de la vie. Si l'écologie politique doit ne mettre au centre de la vie politique que l'homme, alors elle n'est plus de l'écologie mais du socialisme. L'écologie politique doit mettre au centre de la vie politique une réflexion sur l'ensemble du vivant, dont l'homme n'est qu'une partie, tout comme l'écologie scientifique prend en compte un biosystème dans lequel l'homme est loin d'être au centre.
Combattre le productivisme au nom de l'égalité des hommes entre eux pour l'accès aux richesses naturelles et manufacturées, c'est le rôle du socialisme (je dis socialisme au sens XIXe, qui comprend ensuite le communisme et autres pensées dérivées). À mon sens, l'écologie politique devrait combattre le productivisme au nom de l'équilibre naturel, ce qui n'implique pas un accès de tous aux richesses naturelles (qui conduirait à un pillage du milieu naturel et donc à une destruction de l'équilibre de la biosphère), mais à réduire la pression humaine sur le milieu, ce qui tend à rééquilibrer le déséquilibre existant entre ceux qui n'arrive pas à consommer et ceux qui consomment trop, tout en intégrant la perspective d'échanges non seulement entre être humains mais entre les êtres humains et leur milieu.
L'écologie politique ne devrait donc pas viser " l'épanouissement de l'individu au sein de la collectivité", mais l'épanouissement de l'individu au sein de son milieu naturel, qui inclut d'autres individus mais aussi les autres êtres vivants, l'air, la terre. Cette notion d'épanouissement doit par ailleurs être discutée, puisqu'elle renvoie à un schéma libéral de recherche du bonheur individuel, or celui-ci doit être tempéré par la notion de devoirs vis-à-vis des autres membres de l'échange.
Pour ce qui concerne le mariage et l'adoption pour les homosexuels, pourquoi ne pose-t-on pas la question inverse : le système que l'on veut construire doit-il imposer le mariage comme une norme pour tous, ou au contraire supprimer cette contrainte pour en libérer tous les êtres humains ? Sachant que l'institution du mariage, dans toute société (même, inconsciemment, pour notre société occidentale), a pour seule fin de légitimer la procréation et qu'elle est un carcan induisant un statut inférieur aux femmes réduites au rôle de "reproductrices de citoyens légitimes", donc fortement punies en cas de transgression (pas officiellement "chez nous", mais en réalité les violences conjugales fonctionnent beaucoup sur ce schéma), je ne vois pas pourquoi on conserverait ça.
Mais revenons sur l'écologie en tant qu'humanisme. L'humanisme est un mouvement apparu à la toute fin du XVème siècle en Europe occidentale, qui met l'homme au centre de l'univers, là où auparavant il y avait Dieu. Cela permet un formidable mouvement intellectuel d'accumulation de connaissances, d'échanges, à un bouillonnement religieux donnant naissance à la Réforme protestante. L'homme est maître de son destin, avec un poids toujours fort de la religion, qui tend néanmoins à s'effacer au cours des siècles. Le protestantisme d'abord, puis le libéralisme politique qui découlent de l'humanisme sont à l'origine du libéralisme économique (les protestants, selon M. Weber, sont les premiers capitalistes). Je suis donc sceptique sur "l'écologie politique comme nouvel humanisme" quand on voit les résultats de l'humanisme, à savoir une civilisation consumériste et dont l'esprit critique repose davantage sur une contestation innée que sur des arguments réfléchis.
Enfin pour ce qui concerne la structure, je crois effectivement que la seule chance d'un parti écologiste ("parti vert refondé", c'est sûr que ça ne pourra pas marcher à cause de l'éclatement des divers petits partis écolos, il suffit de voir le débat actuellement sur la Refondation pour une Union écologique et Sociale, cf. forum sur http://refondation-ecologie-politique.over-blog.fr/article-10096180-6.html#anchorComment) est de s'appuyer sur les associations, sachant que les opinions politiques au sein des associations sont très diverses.
Bon voilà, c'était pour aujourd'hui ma contribution à l' "enthousiasmante aventure politique, sociale, humaine, philosophique du XXI°siècle."
À force de chercher sur la Toile quelle pouvait bien être ma tendance écologiste, j'ai fini par trouver. Comme M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir, de mon côté sans le savoir j'ai fait de l'écologie profonde fondée sur le biotisme, tandis que l'écologie politique des Verts est fondée sur l'anthropocentrisme.
Ce qui explique mes prises de position précédentes.
Comme quoi, en dehors de la droite et de la gauche, il y a aussi plein de nuances en écologisme…
je vous signale que le terme biotisme que vous employez est un terme créé par Emmanuel Guizzo et déposé INPI
merci de bien vouloir ajouter cette mention sur votre site
www.biotisme.com
codialement
Editions Celena
Les notions de droite et de gauche, telles qu'elles se sont progressivement définies au XIXe siècle, puis (un tout petit peu) au XXe, peuvent-elles être utilisées pour classer, non pas l'écologie, qui est "la science qui étudie les interactions entre les êtres vivants et leur milieu", mais le projet des écolo-politiques ? Comment se placent (se classent) les écolos allemands, dans un pays où les notions de gauche et droite provoquent moins de cristallisation que chez nous ?
Et si nous regardions ce qui se passe en Europe pour voir comment fonctionnent les autres écolos, ne pourrait-on pas en tirer des leçons en vue de cette refondation qui est si nécessaire ?
Par ailleurs, on ne peut pas tirer argument de l'âge réduit du parti Vert pour expliquer son score. Vingt ans après sa création, le parti socialiste ne perdait pas des voix d'une élection à l'autre, mais au contraire en gagnait. Une des différences essentielles entre les Verts et le parti socialiste jusqu'à Jaurès, c'est que les Socialistes du XIX et du début XXe s'appuyaient sur une autre force, les syndicats, ce qui leur donnait une énorme audience. Les associations écolos, formées de citoyens politiquement hétérogènes, peuvent-elles jouer ce rôle ? Comment le leur faire jouer ?