Haro sur Mai 68! C'est le mot d'ordre qui semble peu à peu envahir les discours et les programmes de nombre de nos hommes politique... N'y voyez aucune parano de ma part mais le débat était évoqué pas plus tard que ce matin sur France Culture.
Il est vrai qu'on a pu entendre, ici ou là, depuis quelques temps, accuser les "68ards" d'avoir pris le pouvoir et de ne l'avoir pas lâché, dans les médias, la politique et même dans le monde de l'entreprise. Alors on se réjouit: il est venu le temps d'en finir avec ces excités assagis et jugés opportunistes, enfin il est venu le temps de prendre une revanche sur Mai 68.
La question est simple: alors que la société française dans son ensemble semble avoir intégré la réflexion critique (toujours nécessaire) sur Mai 68, à quoi devons-nous nous attendre? Les valeurs d'hédonisme, d'émancipation, d'égalité, de liberté et de subversion de l'ordre (moral) établi qui sont celles de Mai 68 sont -elles responsables de tous nos maux (à l'école, au travail, dans la famille...)? Peut-être des excès idéologiques sont-ils nés de ce mouvement mais il en est de même concernant tous les grands enthousiasmes populaires et humains qui jalonnent l'histoire.
Le risque est clairement, au nom d'un droit d'inventaire légitime à l'égard des "dérives" réelles ou supposées du mouvement de Mai 68, de verser dans la dérive inverse qui consisterait à donner un coup de balancier dans l'autre sens... Et l'autre sens c'est la droite, l'ordre, le retour en force d'un certain ordre (moral) établi auquel nous sommes sommés de nous conformer...
Est-ce que les Humanistes n'auraient pas alors intérêt à réaffirmer avec force que la liberté de choisir sa vie, la liberté de mettre en question l'autorité qui n'est fondée que sur la crainte, le combat pour l'épanouissement de l'individu (dans une société où l'on parle de respect plutôt que d'autorité, de tranquillité plutôt que de sécurité) sont des valeurs essentielles que nous ne sommes décidément pas décidés à laisser caricaturer ou escamoter?