On nous avez bien dit pourtant que ce serait un débat pour l'élection présdientielle... Au bout d'un moment je me suis demandé si on ne nous avait pas menti, ou si je ne m'étais pas trompé de chaîne. En effet, à écouter M. Sarkozy, le télespectateur-citoyen avait plus l'impression d'assister à l'exposé du gestionnaire de la "maison France" qu'à un véritable débat portant sur les projets, c'est-à-dire les visions de la société, du monde et de l'avenir qui sous-tendent des propositions plus concrètes.
M. Sarkozy a pris fait et cause pour la cinquième République, je lui demanderais alors au moins de respecter les principes de sa constitution qui n'assimilent pas le Président à un super-Premier ministre... Et je comprends que Ségolène Royal se soit révoltée: subir à chaque intervention de Sarkozy ce procès en légitimité, en crédibilité, en capacité, être sans cesse accusée de survoler les sujets par ignorance ou manque de précision, être interrogée sur un chiffre qui ne siginifie rien pour le commun des mortels comme une élève qui a mal appris la leçon... Vraiment ça devenait lassant, et irritant!
Ségolène Royal a bien essayé de montrer que le projet de société qu'elle porte est un projet global, cohérent et qui par conséquent irradie tous les domaines de la Cité. Nous sommes dans un débat présidentiel, pas dans une querelle d'économistes ou de hauts fonctionnaires! Nous sommes dans un débat politique, pas dans un débat technicien! Nous allons élire un homme ou une femme d'Etat, la voix de la France, pas un intendant, un gestionnaire... Si M. Sarkozy se passionne tant pour les budgets et les chiffres mais qu'il est incapable de dessiner les grandes lignes d'un projet d'avenir, incapable de parler sérieusement du nucléaire et de l'écologie, il fallait rester tranquillement (adverbe qui pourrait résumer le rôle surjoué qu'il a voulu incarner hier soir) au ministère des Finances...
Et puis quelle attitude péremptoire pour un homme qui veut gouverner pour tous les Français et rassembler large sur sa candidature: là encore deux visions de la politique s'affrontent. Nous ne voulons pas élire un superman, un Monsieur je sais tout sur tout (ce qui est d'ailleurs loin d'être le cas comme nous l'avons vu), nous ne sommes plus au temps du peuple fasciné par l'homme extraoridinaire, l'homme providentiel: nous sommes conscients d'élire un être humain qui peut avoir des doutes, qui n'est ni omniscient ni omnipotent mais qui a au moins le mérite de construire la politique, notre avenir, avec nous...
Et c'est cette leçon d'humanisme que nous a donnée Ségolène Royal: dans sa révolte contre les propos de Sarkozy sur le handicap elle a montré cette capacité d'indignation qui fonde tout engagement politique sincère, qui donne la détermination et le courage nécessaires à l'action. Elle a montré que l'enjeu du débat dépassait de loin les pinailleries techniciennes et gestionnaires: elle a montré avec panache et dignité que la grandeur de l'action politique réside dans cette Révolte fondamentale de l'être humain, qu'un projet est avant tout une fédération d'espoirs, de combats, de principes communs. Ségolène Royal, hier soir, a réhabilité la politique et l'humain en politique...
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