Texte libre

« L’ambition de notre société n’est pas le développement économique ou l’accumulation de biens, mais le développement de l’ensemble de la société. Un développement collectif et durable, qui s’accompagne d’une amélioration des conditions de vie et de la mise à disposition pour tous des ressources matérielles et immatérielles nécessaires pour permettre à chacun de vivre pleinement son humanité et sa citoyenneté active. La répartition des biens, des revenus, l’accroissement du niveau d’éducation et de santé de l’ensemble de la population, la capacité à maîtriser la violence, l’accès et la qualité des services publics, la vitalité de la vie sociale et démocratique, le degré d’égalité entre hommes et femmes, le respect de l’environnement, la maîtrise par les individus de leur temps, la qualité de vie, l’accès à la Culture, la sécurité économique... sont autant d’indicateurs qui permettent de mesurer la véritable richesse d’un pays ». (Dominique Méda)

Dimanche 13 Mai 2007

S’il fallait qualifier le monde d’aujourd’hui, et notamment celui des sociétés occidentales, je crois que l’adjectif le plus pertinent serait « désenchanté ». Bien sûr tout le monde reconnaît que nous Occidentaux, bénéficions, à l’aube du XXI°siècle, d’un confort matériel tel que nous ne l’avons jamais connu. Nous sommes enfants de ce progrès…matériel.

Cependant force est de constater que le progrès matériel ne s’est pas accompagné d’un progrès « spirituel » et que la croissance économique ne fait ni le bonheur, ni le bien vivre, ni même le vivre ensemble. De plus en plus de mouvements, d’intellectuels réfléchissent à de nouveaux indicateurs qui ne rendent pas uniquement compte du développement économique mais aussi du développement humain. On le voit bien, tôt ou tard nous serons amenés à renverser les idoles de la croissante éternelle, de la société de consommation et à réfléchir à un tout nouveau mode de développement.

 

Je n’approfondis pas cette question pour l’instant. Je voudrais brosser en quelques lignes le tableau du désenchantement qui signe l’impasse de nos sociétés modernes. Des jeunes qui dans les banlieues peuvent passer une journée entière assis sur un banc à regarder devant eux, des gens (vieux ou jeunes, garçons ou filles) de plus en plus victimes de mal être, de dépressions, des suicides de plus en plus nombreux eux aussi… Il ne faut pas se voiler la face, tel est bien le constat humain que l’on peut faire en regardant en face notre société.

Les causes sont certainement complexes et multiples mais ces phénomènes témoignent bel et bien d’une incapacité à donner sens à sa vie et à s’épanouir en tant qu’être humain.

Ce sont bien là les effets d’une société dans laquelle l’individu et le citoyens sont réduits à de simples agents économiques, des producteurs-consommateurs de masse : il est clair que le temps de vie est accaparé par l’activité productive (le travail) au détriment des nombreux autres temps de vie (temps politique, amical, familial, amoureux, culturel, artistique…) réduits, occultés voire annihilés.

Ce sont bien là les effets dévastateurs de l’économisme et d’une certaine idéologie scientifique qui prétendent résoudre les problèmes humains mais qui réduisent l’humain : non on n’est pas plus heureux parce qu’on consomme, non le progrès technique ou scientifique n’est pas forcément un progrès humain, environnemental.

Plus globalement et plus « philosophiquement » nous vivons aujourd’hui dans un monde dépoétisé, où l’injonction du réalisme et du profit tuent chaque jour un peu plus l’imagination, la créativité… En témoigne la disparition progressive des filières littéraires ou du moins leur transformation en voie de garages pour mauvais en maths.

 

Changer la vie aujourd’hui c’est la ré enchanter :

  • abolir le travail comme valeur centrale pour laisser s’épanouir les autres temps de vie

 

  • réhabiliter les valeurs du Beau, du bien être et du bien vivre (l’écologie prône aussi cette dimension esthétique dans son rapport à la nature).

 

  • rompre avec la logique du toujours plus qui génère déjà tant d’exclusion, de frustrations et de stress

 

  • prendre en compte et valoriser la diversité culturelle dans une société où chacun est respecté pour ce qu’il est

 

  • garantir la liberté de choisir sa vie, objectif qui n’est encore pas acquis et qui est freiné par tant de conformismes et conservatismes sociaux (mener une guerre sans merci à toutes les discriminations…)

 

  • Réaliser une société du respect, du vivre ensemble et du mieux vivre…

Ces grandes idées ne sont ni naïves ni angéliques : les humanistes et les progressistes savent qu’il faudra nous battre pour y parvenir, faire des efforts et mener un certain nombre de remises en cause pour changer de modèle de développement et construire une société plus solidaire, moins violente, plus respectueuse, bref plus humaniste…

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