Texte libre

« L’ambition de notre société n’est pas le développement économique ou l’accumulation de biens, mais le développement de l’ensemble de la société. Un développement collectif et durable, qui s’accompagne d’une amélioration des conditions de vie et de la mise à disposition pour tous des ressources matérielles et immatérielles nécessaires pour permettre à chacun de vivre pleinement son humanité et sa citoyenneté active. La répartition des biens, des revenus, l’accroissement du niveau d’éducation et de santé de l’ensemble de la population, la capacité à maîtriser la violence, l’accès et la qualité des services publics, la vitalité de la vie sociale et démocratique, le degré d’égalité entre hommes et femmes, le respect de l’environnement, la maîtrise par les individus de leur temps, la qualité de vie, l’accès à la Culture, la sécurité économique... sont autant d’indicateurs qui permettent de mesurer la véritable richesse d’un pays ». (Dominique Méda)

Vendredi 18 Mai 2007

Le brouillage idéologique et politique qui  a été mené tout au long de la campagne s’est appuyé sur un véritable brouillage sémantique : on a vidé les mots de leur sens en ne les utilisant plus que comme des instruments politiques, des slogans jetés dans les meetings comme on jette de la poudre aux yeux…

On a toujours fait de la politique avec des mots parce que les mots portent en eux des idées, des valeurs, des principes, des révoltes et des combats. Cependant nous avons vu nos hommes politiques se transformer en sophistes infernaux manipulant les mots pour mieux manipuler leurs auditeurs.

 

« Ignoble » : Nicolas Sarkozy s’est offusqué de ce qualificatif employé par Ségolène Royal pour qualifier sa proposition de ministère de l’indenté nationale. Calmez-vous M. Sarkozy, « ignoble » signifie étymologiquement « qui n’est pas noble » et il n’était ni insultant, ni excessif d’affirmer qu’une telle proposition n’était pas noble…

 

« Bravitude » : néologisme volontaire ou non ? Chateaubriand l’aurait lui-même utilisé en son temps… Mais peut-être qu’une polémique sur ce mot était utile pour masquer la platitude de certains programmes en terme de politique internationale…

 

« Rupture » : ça fait mal ; heureusement M.Sarkozy a su l’éviter en composant son gouvernement avec des personnalités de droite qui ne sont pas nouvelles en politique (Fillon, Juppé, Bertrand, Bachelot, Boutin, Lagarde, Alliot-Marie, Kouchner…). S’il y a eu rupture c’est effectivement entre les mots et les actes : ça fait mal quand même !

 

« Blum », « Jaurès » et les autres : l’histoire n’appartient à personne, c’est bien pour cela qu’il est encore plus révoltant de la voir récupérée de manière indue. N. Sarkozy ne peut pas sérieusement se draper dans les linceuls de ces hommes de gauche qui ont voué leur vie au progrès social et humain alors que ceux-là mêmes combattraient ses idées s’ils militaient encore de nos jours… (il n’est qu’à comparer les 40heures du Front Populaire de Blum et le slogan de Sarkozy).

 

« Développement durable », « Ecologie », « Environnement » : employés à souhait comme synonymes pour draguer l’électeur écolo. Il n’en a pas fallu plus à Nicolas Hulot pour se réveiller le 7 mai le sourire aux lèvres et convaincu que la France avait élu un président écologiste… C’est pas grave on continue avec le Super Ministère d’Alain Juppé, ministère du « développement et des aménagements durables » qui sonne déjà comme un titre creux, dont les moyens sont encore inconnus et tenu par un homme politique discrédité, qui a mis les Français dans la rue et dont l’honnêteté peut légitimement être remise en cause.

Rappelons quand même que ni l’agriculture ni la santé ne relèvent, de près ou de loin, de ce ministère de l’écologie paillettes…

« Droite et gauche » : non ce n’est pas la même chose. S’il existe des partis différents ce n’est ni pour faire joli ni pour faire peur à M. Bayrou. Même si les clivages ont évolué et se sont déplacés (sur les questions sociétales, la question du productivisme et de l’Europe…) il existe bel et bien des projets de société qui ne regardent pas vers le même horizon et qui sont radicalement incompatibles.

 

« Travail », « croissance » etc… : mots à la mode, mots-clés, sésames du Palais élyséen, mots magiques… Comme si la centralité de la « valeur travail » dans nos sociétés modernes était une évidence ! Peut-être la plus dangereuse des évidences langagières de la campagne. Une réelle réflexion sur la croissance, le développement, la place du travail dans la société, la notion de richesse, la création de nouvelles solidarités et d’une nouvelle autonomie est indispensable à la construction d’un projet alternatif qui remet l’humain au centre de la politique.

 

« Humanisme » : je me contenterai de citer Noël Mamère qui a remis les choses et surtout les mots à leur place lors de la soirée électorale du 6mai : « Le Sarkozysme n’est pas un Humanisme »

 

 

publié par Cyril dans: Politique
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