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« L’ambition de notre société n’est pas le développement économique ou l’accumulation de biens, mais le développement de l’ensemble de la société. Un développement collectif et durable, qui s’accompagne d’une amélioration des conditions de vie et de la mise à disposition pour tous des ressources matérielles et immatérielles nécessaires pour permettre à chacun de vivre pleinement son humanité et sa citoyenneté active. La répartition des biens, des revenus, l’accroissement du niveau d’éducation et de santé de l’ensemble de la population, la capacité à maîtriser la violence, l’accès et la qualité des services publics, la vitalité de la vie sociale et démocratique, le degré d’égalité entre hommes et femmes, le respect de l’environnement, la maîtrise par les individus de leur temps, la qualité de vie, l’accès à la Culture, la sécurité économique... sont autant d’indicateurs qui permettent de mesurer la véritable richesse d’un pays ». (Dominique Méda)

Lundi 12 Mai 2008

Alors que des émeutes de la faim éclatent partout dans le monde, on apprend que la production agricole mondiale pourrait nourrir 12 milliards de personnes. Il serait donc scandaleux de mettre cette grave crise alimentaire au service d'une logique productiviste. Au contraire, il faut avoir le courage et l'honnêteté intellectuelle d'affronter les véritables causes de cette faim du monde.
La mondialisation néo-libérale favorise partout la spéculation et l'agriculture commerciale au détriment de l'agriculture vivrière, condamnant par là même les pays en voie de développement à la disette et à la malnutrition. Les Etats convertis au libéralisme (comme l'Inde depuis le début des annés 90) ont cessé de subventionner leurs agriculteurs voués à s'intégrer au système mondialisé et à dépendre des multinationales telles que Monsanto (qui leur vendent intrants et nouvelles semences). Pis, les cultures vivrières, plus dépendantes des phénomènes climatiques, sont aussi victimes des conséquences de l'effet de serre et des pollutions atmosphériques. L'échelle mondiale et l'échelle locale sont ici indissociables l'une de l'autre.

On s'aperçoit vite que dans ce domaine, les dangers sociaux sont aussi des dangers environnementaux voire politiques. L'utilisation des OGM par les paysans du Sud accroît leur dépendance économique, accélère leur endettement et nécessite l'usage de nouveaux pesticides sans que le problème de la contamination des cultures traditionnelles ne soit réglé... La production des agro-carburants révèle les mêmes travers: alors qu'elle suppose une agriculture intensive polluante, elle soustrait les sols à un usage vivrier et fait flamber le prix de la tortilla au Mexique. La question alimentaire doit donc se penser en termes de conflits d'usage (vivrier/commercial, manger/conduire...).

La crise actuelle doit également nous conduire à repenser les relations Nord-Sud dans le cadre d'échanges globalisés. Les produits agricoles du Nord sur-subventionnés asphixient littéralement l'économie locale du Sud: au Sénégal, un poulet importé d'Europe coûte moins cher que le poulet du paysan du village d'à côté! Les grands donneurs de leçons de libéralisme tels que les Etats-Unis apparaissent tout compte fait comme les moins libéraux en matière d'agriculture.
On l'aura compris, les causes profondes des émeutes de la faim ne sont pas tant liées à la quantité qu'à la qualité de ce qui est produit. A un problème évident de répartition s'ajoute une série de conflits d'usages qui posent directement la question du modèle de développement que nous souhaitons privilégier.

Les solutions à apporter ne peuvent donc se résumer à une simple aide alimentaire, même si celle-ci est indispensable compte tenu de l'urgence de la situation. Nous devons aller plus loin, remettre en cause des logiques et un modèle de développement absurdes et dévastateurs:

  • lutter contre l'hégémonie des multinationales comme Monsanto dont l'objectif est de contrôler l'ensemble de la production agricole mondiale: protéger la biodiversité est une priorité

  • affirmer clairement que les OGM sont une fausse solution au problème de la faim dans le monde comme les agro-carburants ne constitueront jamais une réponse raisonnable (sur le plan social et environnemental) à la fin de l'ère du pétrole

  • lutter contre la spéculation et encourager l'agriculture vivrière. Les Etats doivent s'engager dans cette voie là en permettant d'augmenter la productivité d'une agriculture respectueuse de l'environnement: avoir le courage de rompre avec les diktats de l'économie libérale de marché

  • remettre à plat la Politique Agricole Commune

  • lutter à tous les niveaux contre les pollutions responsables de l'assèchement climatique, de l'irrégularité des pluies et du stress hydrique. En effet, la question agricole doit nous rappeler que l'accès à l'eau est un enjeu écologique, social et géopolitique majeur de notre siècle

publié par Cyril dans: Sujets de société
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Commentaire

Je connais très peu de choses sur la question agricole, mais je pense pouvoir citer un contre-exemple à la thèse de ton article : dans le cas de l'Égypte, ce n'est pas un problème d'agriculture (conflit pour l'usage des terres, problèmes de production) qui est à l'origine de la faim de la population de plus en plus privée de pain.  Il y a  assez de pain pour nourrir l'ensemble des Égyptiens mais le prix de ce pain est devenu inaccessible à la grande majorité de cette population très pauvre. Le pain constitue l'essentiel de l'alimentation là-bas puisque c'est l'aliment normalement le moins cher. Les paysans de la vallée du Nil produisent du blé en grande quantité, mais certes pas assez. Le manque est comblé grâce à l'importation, qui permet une production de pain supérieure à la demande. Or une importante quantité de pain était subventionnée par l'État (je crois depuis Nasser), ce qui en réduisait considérablement le coût et permettait aux plus pauvres d'y avoir accès pour un prix tout à fait correct compte tenu de leurs très maigres revenus. Désormais, pour des raisons obscures (toute mesure politique en Égypte doit être considérée comme obscure puisque issue de la décision d'un gouvernement nébuleux à mi chemin entre dictature et organisation mafieuse), et officiellement à cause de l'augmentation du prix du blé sur le marché mondial (bien que les importations et la production suivent leur cours), le nombre de pains subventionnés par tonton Mubarak a cruellement diminué (mais je n'ai pas les chiffres...) Le pain est donc toujours là, en abondance, dans les marchés, supermarchés, chez les vendeurs des rues, mais peu d'Égyptiens peuvent encore se permettre d'en acheter. Les plus pauvres, auxquels s'est mêlée une classe moyenne qui peut aujourd'hui difficilement assumer le prix du pain, se battent (au sens propre, souvent) pour accéder aux rares pains subventionnés (5 piastres*) pendant que les riches emplissent généreusement leurs caddies de pain plus cher (25 piastres*). Il me semble alors qu'aucune des mesures que tu proposes concernant l'agriculture ne pourrait dans ce cas précis pallier l'inflation. Sauf ignorance de ma part...


*difficile à convertir, disons qu'1 piastre est équivalente à un peu moins d'1 centime de franc français, puisqu'1 livre faisait un peu moins d'1 franc ;  sachant que ce n'est pas comparable, étant donné le nombre d'Égyptiens vivant avec moins de 6 livres/1 dollar par jour.
Commentaire n° 1 posté par: Nadine le 14/05/2008 - 12:18:21

Effectivement, le cas que tu décris est un cas particulier qui tient avant tout, semble-t-il à l'attitude de l'Etat. Comme il est précisé dans l'article, il ne s'agit pas d'un problème de quantité mais d'un véritable problème de répartition et de mal développement. La fin des subventions, que tu ne parviens pas à expliquer, est peut-être à mettre en rapport avec la logique libérale qui s'étend à de plus en plus du pays du Sud, soumis aux plans du FMI, plans qui souvent ne permettent pas aux pays en question de mener une politique de santé et d'éducation à la hauteur de l'urgence de la situation.  En outre, l'augmentation du prix du blé sur le marché mondial est aussi l'effet de la spéculation que nous dénonçons ici, en sachant que les prix des matières premières agricoles sont fixés à la bourse de Chicago.
Mais je suis désolé de ne pas pouvoir répondre précisément sur la situation de l'Egypte, que je ne connais pas.

Commentaire n° 2 posté par: Cyril le 14/05/2008 - 16:10:31
En évoquant le cas de l'Égypte je n'entendais pas seulement tourner un instant ton attention vers ce ô combien merveilleux pays ;) 

Mon idée est que ce cas particulier a peu de chances d'être un cas isolé, ce qui me pousse à rester sceptique par rapport à tes propositions. Je n'ai pas d'autres exemples, mon argumentation en est, je le sais, fragilisée. Je me fonde sur un supposé bon sens qui suggère qu'aucune politique fédérale, en particulier dans les pays du Sud, soumis à des gouvernements parfois autoritaires et souvent méfiants à l'égard du Nord, ne saurait se plier fondamentalement à une éventuelle politique agricole mondiale (à nouveau fixée par le Nord?) qui se poserait comme la garante de l'écologie, et de la répartition équitable de la production agricole dans le monde.
Tu me diras qu'ils sont aujourd'hui, de manière indéniable, soumis, comme tu le dis, aux plans du FMI et aux prix décidés par Chicago (entre autres). Mais cette soumission n'est-elle pas le fait d'une dépendance économique du Sud par rapport au Nord qui tient les cordons de la bourse ? Briser l'hégémonie des multinationales (concentrées au Nord) et rompre avec l'économie libérale relève d'une volonté de mettre fin à cette soumission pour la remplacer par une coopération. Or dans quelle mesure les pays du Sud seraient-ils prêts à coopérer avec un Nord qui aurait toujours, semble-t-il, les plus gros atouts dans son jeu ? Accepter tes propositions et les appliquer à l'échelle mondiale (spéculons, spéculons...) reviendrait à faire de l'écologie la base d'une agriculture saine (d'un point de vue sanitaire, environnemental et surtout commercial). Mais les obligations écologiques (qui demandent notamment un investissement financier) ne mettraient-elles pas des bâtons dans les roues du Sud en ralentissant sa production? L'intérêt économique du Sud dans cette coopération est certes bien réel, mais il n'est peut-être pas suffisamment mis en valeur. Et ne peut-on pas imaginer que si le Nord abandonnait les systèmes de production à grand rendement les plus polluants, le Sud serait tenté de les reprendre à son compte, par esprit de revanche et soif de profiter à son tour (spéculons follement) ?

Mes humbles dubitations ne contestent évidemment pas l'urgence d'une nouvelle éthique concernant l'agriculture et son commerce, ni la nécessité de mesures solides en faveur de l'environnement.
Mais ton projet, essentiellement anti-libéral et écologiste, n'est-il pas trop partiel ? Je déplore aussi son manque d'originalité, bien que je ne sois pas capable pour l'instant de proposer moi-même ne serait-ce qu'un spectre de solution valable...

Cela dit je salue ton implication dans un problème tellement humain, tellement large, tellement banal finalement, qu'il est juste de s'y attarder comme tu le fais avec intelligence et précision.

Peut-être encore plus de précision ?...
Commentaire n° 3 posté par: Nadine le 15/05/2008 - 11:00:51

Sur l'originalité des contats et des propositions, je me suis fait la même réflexion: malheureusement, ces banalités ne font pas encore l'unanimité, et si elles commencent à s'inscrire dans le débat politique traditionnel, elles étaient encore confidentielles il n'y a pas si longtemps.


Pourquoi une agriculture écologiquement soutenable n'entravera pas le développement des Sud: d'abord parce qu'elle est aussi socialement soutenable (et permet donc de constituer un socle solide de développement). En outre, il faut noter que de nombreux paysans des Sud participants au commerce équitable privilégient d'eux mêmes ce type d'agriculture. Enfin, de récentes études prouvent que l'on pourrait améliorer les rendements agricoles grâce à une meilleure connaissance de la nature, et à son exploitation durable. Petite remarque: les Sud utilisent déjà des techniques de l'agriculture des Nord (Révolution Verte, intrants, OGM), avec les résultats que l'on sait...


 

Commentaire n° 4 posté par: Cyril le 15/05/2008 - 12:42:53
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