Alors que des émeutes de la faim éclatent partout dans le monde, on apprend que la production agricole mondiale pourrait nourrir 12 milliards de personnes. Il serait donc scandaleux de mettre cette grave crise alimentaire au service d'une logique productiviste. Au contraire, il faut avoir le courage et l'honnêteté intellectuelle d'affronter les véritables causes de cette faim du monde.
La mondialisation néo-libérale favorise partout la spéculation et l'agriculture commerciale au détriment de l'agriculture vivrière, condamnant par là même les pays en voie de développement à la disette et à la malnutrition. Les Etats convertis au libéralisme (comme l'Inde depuis le début des annés 90) ont cessé de subventionner leurs agriculteurs voués à s'intégrer au système mondialisé et à dépendre des multinationales telles que Monsanto (qui leur vendent intrants et nouvelles semences). Pis, les cultures vivrières, plus dépendantes des phénomènes climatiques, sont aussi victimes des conséquences de l'effet de serre et des pollutions atmosphériques. L'échelle mondiale et l'échelle locale sont ici indissociables l'une de l'autre.
On s'aperçoit vite que dans ce domaine, les dangers sociaux sont aussi des dangers environnementaux voire politiques. L'utilisation des OGM par les paysans du Sud accroît leur dépendance économique, accélère leur endettement et nécessite l'usage de nouveaux pesticides sans que le problème de la contamination des cultures traditionnelles ne soit réglé... La production des agro-carburants révèle les mêmes travers: alors qu'elle suppose une agriculture intensive polluante, elle soustrait les sols à un usage vivrier et fait flamber le prix de la tortilla au Mexique. La question alimentaire doit donc se penser en termes de conflits d'usage (vivrier/commercial, manger/conduire...).
La crise actuelle doit également nous conduire à repenser les relations Nord-Sud dans le cadre d'échanges globalisés. Les produits agricoles du Nord sur-subventionnés asphixient littéralement l'économie locale du Sud: au Sénégal, un poulet importé d'Europe coûte moins cher que le poulet du paysan du village d'à côté! Les grands donneurs de leçons de libéralisme tels que les Etats-Unis apparaissent tout compte fait comme les moins libéraux en matière d'agriculture.
On l'aura compris, les causes profondes des émeutes de la faim ne sont pas tant liées à la quantité qu'à la qualité de ce qui est produit. A un problème évident de répartition s'ajoute une série de conflits d'usages qui posent directement la question du modèle de développement que nous souhaitons privilégier.
Les solutions à apporter ne peuvent donc se résumer à une simple aide alimentaire, même si celle-ci est indispensable compte tenu de l'urgence de la situation. Nous devons aller plus loin, remettre en cause des logiques et un modèle de développement absurdes et dévastateurs:
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lutter contre l'hégémonie des multinationales comme Monsanto dont l'objectif est de contrôler l'ensemble de la production agricole mondiale: protéger la biodiversité est une priorité
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affirmer clairement que les OGM sont une fausse solution au problème de la faim dans le monde comme les agro-carburants ne constitueront jamais une réponse raisonnable (sur le plan social et environnemental) à la fin de l'ère du pétrole
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lutter contre la spéculation et encourager l'agriculture vivrière. Les Etats doivent s'engager dans cette voie là en permettant d'augmenter la productivité d'une agriculture respectueuse de l'environnement: avoir le courage de rompre avec les diktats de l'économie libérale de marché
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remettre à plat la Politique Agricole Commune
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lutter à tous les niveaux contre les pollutions responsables de l'assèchement climatique, de l'irrégularité des pluies et du stress hydrique. En effet, la question agricole doit nous rappeler que l'accès à l'eau est un enjeu écologique, social et géopolitique majeur de notre siècle
