Nous connaissons tous le célèbre adage humaniste, qui prône l'éducation des corps parallèlement à celle des esprits. Il est vrai que la période humaniste se caractérise par un retour au corps, à son étude, à sa représentation (évolutions dans la peinture, dans la sculpture). Aujourd'hui, il semble que notre gouvernement se soit inspiré de ces très classiques préceptes puisqu'il choisit d'augmenter le nombre d'heures de sport à l'école primaire tout en refusant de donner à l'enseignement artistique et civique la place qui leur revient.
Cette mesure pose à mon avis la question de la part du sport dans notre système éducatif. Cette part, depuis des années, n'a cessé d'augmenter: on ne compte plus au primaire les rencontres sportives entre les écoles qui s'ajoutent aux heures déjà prévues dans l'emploi du temps. Un collégien et un lycéen ont plus d'heures de sport que d'éducation civique dans une semaine (en Terminale, 2h d'EPS pour ½ heure d'ECJS [éducation civique, juridique et sociale]). Il ne s'agit ni de rayer le sport des programmes scolaires, ni même de nier les vertus de ces cours (qui sont avant tout moyens de libérer les énergies). Néanmoins, je crois que le temps de la démagogie doit cesser dans ce domaine, je crois qu'il faut avoir le courage et l'honnêteté intellectuelle de regarder la réalité en face:
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le nombre d'heures de cours n'est pas extensible: alors qu'il est urgent de renforcer les connaissances indispensables à la constitution d'une culture de base commune à tous les citoyens (Français, Maths, Histoire-Géo...), est-il pertinent que les élèves de 6° (dont une part croissante éprouve des difficultés à lire et à écrire correctement le Français) consacrent 4 heures de leur temps scolaire à l'EPS?
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les vertus pédagogiques souvent avancées pour défendre le sport, telles que le respect de la règle, le travail en équipe, le respect de l'autre etc. sont loin d'être spécifiques à l'éducation physique mais sont au contraire communes à l'ensemble des disciplines scolaires... On peut même se demander quelles sont les vertus éducatives concrètes de l'EPS dont l'enseignement ne semble avoir aucun effet sur les phénomènes de sédentarisation et d'obésité...
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alors que de nombreux élèves pratiquent déjà un sport à l'extérieur de l'école ou dans le cadre de l'établissement (après ou entre les heures de cours) grâce à l'UNSS (dont l'encadrement est assuré par les professeurs d'EPS), est-il judicieux de consacrer tant d'heures à l'EPS (4h en 6°, 3h de la 5° à la 3° puis 2h au lycée) quand les enseignements artistiques et culturels sont bannis des programmes communs?
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en effet, dans tous les lycées de France, les élèves souhaitant étudier, pratiquer le théâtre, l'art plastique, le cinéma, l'histoire des arts doivent choisir l'option correspondante, toutes ces disciplines étant exclues du tronc commun et de plus en plus menacées en tant qu'options.
Il ne s'agit pas là d'engager une lutte idéologique contre le sport à l'école mais de poser la question de l'enseignement artistique et culturel, honteusement négligé, délaissé, abandonné, alors qu'il est indispensable pour tout développement intellectuel et capital pour l'avenir. Voici donc quelques propositions:
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conserver l'EPS dans le tronc commun mais la ramener à 2h30 en 6°, à 2h de la 5° à la 3° et à 1h30 au lycée. Les élèves qui veulent faire plus de sport le peuvent dans le cadre de l'UNSS et du sport-étude.
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convertir les heures ainsi libérées en cours d'éducation civique (parent pauvre de notre système scolaire) indispensables dans une société où la crise citoyenne est manifeste, et en initiation à l'histoire des arts (la musique et l'art plastique étant déjà enseignés au collège).
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repenser les priorités de notre système éducatif: est-il juste et pertinent qu'un élève de terminale littéraire ait autant d'heures de LV2 que d'EPS dans son emploi du temps? N'est-il pas scandaleux que les disciplines artistiques soient ainsi mis au ban de l'école de la République, alors qu'elles permettent aux élèves, au moins aussi bien que le sport, de s'exprimer autrement, de manière ludique et originale, de découvrir une passion, de se découvrir un talent?
La société contemporaine a sacralisé le sport et les sportifs. Le rôle de l'école de la République n'est pourtant pas d'obéir démagogiquement aux diktats des modes et du conformisme social. Le rôle et la dignité de l'école de la République consistent d'abord à donner à tous un accès égal à une culture commune (cette culture est aussi artistique), socle d'une démocratie saine et sereine... Plus que jamais, nous sommes en devoir de relever ces défis et de mettre à l'honneur des disciplines parfois mises à mal ou ringardisés par l'air du temps. N'oublions pas que l'idéal humaniste plaçait aussi en son coeur la connaissance et la pratique des arts...
