Les secrets que les candidats de Secret Story doivent s’efforcer de cacher, si certains sont insolites, s’avèrent finalement assez banals. En effet, la quasi-totalité d’entre eux ne font que renvoyer le spectateur à un noyau mythologique qui imprègne la pensée occidentale depuis des siècles. Chaque candidat incarne un type, un personnage (mythique) dont il joue (plus ou moins consciemment) le rôle.
Les personnages en contact avec un autre monde
Le prêtre anglican : le prêtre est par éminence en contact avec un au-delà, un monde invisible au commun des mortels. Il est celui qui peut entrer en communication avec des réalités surnaturelles.
Le médium : comme le prêtre, la fonction du médium est bien d’assurer un lien entre deux mondes. Dans la maison des secrets, le médium prend une nouvelle dimension : il devient incarnation du jeu lui-même (l’œil-logo de l’émission pourrait être son totem), peut-être même le double du spectateur qui connaît les secrets que protègent les autres candidats.
Le croque-mort : le mot « mort » n’apparaît pas pour rien dans la formulation de ce secret. Là encore, ce personnage est en contact avec l’au-delà, avec la réalité la plus terrifiante et la plus mystérieuse. La mort constitue également un thème mythique important dans la maison des secrets…
Les héros, les survivants
Le héros, demi-dieu, est précisément celui qui a affronté la mort, et qui l’a vaincue. Il fut donc lui aussi en contact avec l’autre monde. La figure du survivant est donc très proche de celle du héros.
Le survivant du tsunami : le candidat dont le secret est à lire dans le tatouage dorsal aurait survécu au tsunami de 2006. Héros au corps grec, il a traversé l’épreuve de l’eau, l’image même de la vague géante faisant référence à un imaginaire mythologique. Cette épreuve initiatique se laisse déchiffrer sur son corps, sous la forme de mystérieux signes. Le corps du héros devient le support même de sa vie, le parchemin sur lequel s’inscrit son exploit (les constellations ne représentent-elles pas le corps de héros grecs ?).
Le candidat qui vit avec une balle dans la tête aurait survécu à une fusillade dans un collège canadien. Le héros porte dans son corps les stigmates de la mort à laquelle il a échappé. Le survivant a passé l’épreuve du feu, celle de la folie meurtrière et monstrueuse, celle aussi du crime de masse. Comme dans l’épopée, le héros (être d’exception) ne se soustrait pas à une mort personnelle, il transfigure un destin collectif en dépassant les qualités des hommes ordinaires : c’est la signification même de la survie.
Les amours secrètes : de Platon à Don Juan
On ne compte plus les couple (vrais ou faux là n’est pas la question) qui hantent la maison des secrets. L’histoire d’un couple dans Secret Story peut se résumer en trois étapes :
1) une désunion apparente : les deux candidats (dont l’union est secrète) sont séparés par et dans le jeu
2) la révélation du secret ne se dissocie pas d’une scène de reconnaissance, au cours de laquelle les amoureux se retrouvent : ils se reconnaissent et le public les reconnaît
3) la réunion des amants séparés : on retrouve ici le schéma platonicien inversé ou prolongé (les deux amoureux sont unis sous forme de boule avant d’être séparés par la foudre de Zeus et d’errer à la recherche l’un de l’autre). On notera que dans le mythe platonicien, les couples originellement inséparables sont aussi bien hétéro qu’homosexuels…
Don Juan : la survivance du mythe est incarnée de manière évidente par le candidat aux 780 conquêtes, tableau de chasse impressionnant s’il en est… Il serait intéressant d’analyser l’évolution du mythe, recyclé par la télé réalité…
La scène reconnaissance
La scène de reconnaissance, où s’opère le passage de l’ombre à la lumière, est aussi une scène de dévoilement. Cet épisode fondateur de nombreux mythes constitue un rituel incontournable de Secret Story. Chaque secret révélé donne lieu à une véritable scène de reconnaissance.
En cela, la candidate qui cache son identité de princesse nous renvoie à l’histoire d’Anastasia, survivante (elle aussi) du massacre de la famille du tsar de Nicolas II. On rechercha alors la princesse déchue et l’on dut démasquer de nombreuses usurpatrices… Ce secret n’est donc pas sans évoquer d’autres contes ou fresques historiques…
Je vois que ta plume est très affûtée en ce moment, même si la période estivale est propice aux plaisirs personnels et un peu moins assujettie à nos activités publiques respectives...
Par ailleurs, qui est donc mademoiselle Leclercq ?
Encore toutes mes félicitations Cyril pour l'ENS.
A bientôt.
Amicalement,
Marc-Henri