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« L’ambition de notre société n’est pas le développement économique ou l’accumulation de biens, mais le développement de l’ensemble de la société. Un développement collectif et durable, qui s’accompagne d’une amélioration des conditions de vie et de la mise à disposition pour tous des ressources matérielles et immatérielles nécessaires pour permettre à chacun de vivre pleinement son humanité et sa citoyenneté active. La répartition des biens, des revenus, l’accroissement du niveau d’éducation et de santé de l’ensemble de la population, la capacité à maîtriser la violence, l’accès et la qualité des services publics, la vitalité de la vie sociale et démocratique, le degré d’égalité entre hommes et femmes, le respect de l’environnement, la maîtrise par les individus de leur temps, la qualité de vie, l’accès à la Culture, la sécurité économique... sont autant d’indicateurs qui permettent de mesurer la véritable richesse d’un pays ». (Dominique Méda)

Mercredi 06 Août 2008

 

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"Institut psychiatrique de Steilcoom. Un jour sans nom entre mai 1945 et mars 1950. Le docteur Walter Frreman, [psychochirurgien], est seul face à la jeune femme. Celle-ci ne réagit pas. Ou plus. Electrochocs en série, injections d'insuline à hautes doses et à intervalles réguliers, bains d'eau glacée prolongés et à répétitions ou autres essais de nouvelles drogues ont eu raison de sa raison. Solidement attachée à son fauteuil, la cobaye semble spectatrice de son propre sort. Freeman, d'une main experte, choisit alors, parmi les instruments [...] à sa portée, une longue et fine aiguille. [...] Il s'approche de la patiente, soulève sa paupière et glisse précisément la lame jusqu'au fond du globe occulaire. [...] Ce jour-là, c'est Frances Farmer qu'on lobotomise.

Mais qui s'en plaindrait? Sûrement pas sa mère, Lilian, qui a ordonné, sur commission rogatoire, l'internement de sa fille en institution psychiatrique dès le 13 janvier 1943. Folle, sa fille l'est forcément, pusiqu'elle ne l'écoute pas, ne fait rien comme tout le monde, refuse d'abjurer ses penchants communistes, cette idéologie rouge reniant Dieu et le capitalisme que le maccarthysme a décidé d'éradiquer. [...] Non, sa fille est forcément folle puisqu'elle a toujours tout fait pour gâcher sa vie. Et celle de ses proches.

Jeune fille déjà, elle s'est attiré les foudres des personnes de bonne moralité de la ville de Seatle (où elle est née en 1913) en écrivant un pamphlet coup de tonnerre: "Dieu est mort". Pour ces bien-pensants, Frances Farmer était et resterait pour toujours la "vilaine fille de Seatle Ouest".

Pourtant, en huit ans et 19 films, elle a séduit les plus grands acteurs et réalisateurs et conquis le statut très envié d'actrice célèbre du Hollywood des années 1930. Sous le charme de cette blonde au regard polaire, Howard Hawks voyait une nouvelle Dietrich ou une future Garbo.  [...] Mais Frances n'a jamais voulu entrer dans le jeu des ronds de jambes hypocrites du microcosme cinématographique. [...] Aux parades-paillettes des réceptions chics, elle préfère les réunions de soutien aux journaliers mexicains oppressés par les riches Californiens. A son jeune premier prometteur, elle préfère un comédien de second plan [...]. A l'hygiène de vie hautement diététique et saine défendue par sa mère, elle préfère le whisky pour noyer son âme... Haïe par un star system qui ne comprend ni sa distance, ni son cynisme, ni ses frasques vestimentaires [...], rejetée par sa mère qui voulait vivre ses rêves de réussite par procuration, Frances Farmer a sombré dans l'alcoolisme. Et se voit placée de force dans un asile d'aliénés.

Après 7 ans de maltraitance, voire de tortures, psychologiques et physiques [...], la star est finalement déclarée "saine d'esprit" en 1950. Elle a 37ans. Hollywood, bien sûr, ne l'a pas attendue. Elle n'est plus rien. Elle n'a plus rien. Sauf ses parents, vieillissants, qui la réclament. Pendant trois ans, placée sous tutelle, elle devra s'occuper d'un père et d'une mère qui n'ont jamais essayé de la sortir de l'enfer de Steilcoom. "Je leur pardonne, écrira-t-elle, mais je n'oublie pas".

Enchaînant petits boulots et sales besognes dans des hôtels pour 75cents de l'heure, elle réussira néanmoins, mais sans le vouloir, à se faire remarquer sur de nombreux plateaux, et obtient même son propre show, "Frances Farmer presents". L'alcool, le seul amour de sa triste vie, aura malheureusement le dessus. De violentes crises d'éthylisme la submergent, la paralysent de plus en plus souvent. Virée de la télévision, elle mourra seule, sans argent rongée par un cancer de l'oesophage, le 1er août 1970. A 57 ans.

Jessica Lange, en 1983, incarnera merveilleusement dans "Frances" cette jeune femme talentueuse brisée par la sauvagerie psychiatrique et la machine à rêves hollywoodienne. L'actrice a même confié que c'était le rôle de sa vie, parce que ce n'était pas un rôle, mais une vie [...]" ("L'Ange rouge", Béatrice Nouveau)

 

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