Texte libre

« L’ambition de notre société n’est pas le développement économique ou l’accumulation de biens, mais le développement de l’ensemble de la société. Un développement collectif et durable, qui s’accompagne d’une amélioration des conditions de vie et de la mise à disposition pour tous des ressources matérielles et immatérielles nécessaires pour permettre à chacun de vivre pleinement son humanité et sa citoyenneté active. La répartition des biens, des revenus, l’accroissement du niveau d’éducation et de santé de l’ensemble de la population, la capacité à maîtriser la violence, l’accès et la qualité des services publics, la vitalité de la vie sociale et démocratique, le degré d’égalité entre hommes et femmes, le respect de l’environnement, la maîtrise par les individus de leur temps, la qualité de vie, l’accès à la Culture, la sécurité économique... sont autant d’indicateurs qui permettent de mesurer la véritable richesse d’un pays ». (Dominique Méda)

Mardi 12 Août 2008

Faux sous-titrage, mises en scène douteuses, règles inéquitables, tricheries et manipulations de la production (cette fameuse "prod" dont on parle comme un démiurge dissimulé dans l'ombre et que le commun des mortels ne voit jamais) ne passent désormais pas inaperçus et alimentent les débats des télespectateurs sur la Toile.

Secrets de Polichinelle
Cette année a vu se multiplier les révélations impromptues à l'encontre des règles du jeu. Les secrets des candidats -pour la plupart divulgués avant même le début de l'émission- ne sont plus qu'un prétexte, un ornement qui n'est plus le coeur de l'émission. Non seulement le public se moque d'une chasse aux secrets qui n'a plus d'intérêt, mais les habitants eux-mêmes (chose nouvelle cette année) enfreignent les règles et brisent sciemment la mécanique de révélation.

Deux conséquences s'imposent alors:
1) le secret n'est plus l'attribut qui donne au personnage son épaisseur et sa raison d'être dans le jeu.
2) les porteurs de secret  refusent les règles, les contournent ou les transgressent, se rebellant contre la fameuse Prod qui oscille entre agacement et inventivité pour sauver son jeu

L'autre chasse aux secrets
Les télespectateurs, ayant découvert la télé-réalité depuis 2001, portent sur elle un regard de plus en plus critique et averti. Ils se fendent de commentaires, de polémiques et de pétitions pour dénoncer les injustices et les orchestrations malhonnêtes dont ils s'estiment les victimes, au même titre que les candidats qu'elles visent.
Les secrets que le public s'acharne à débusquer sont désormais ceux de la Prod: qui veut-elle favoriser? qui souhaite-t-elle mettre en difficulté? comment tire-t-elle les ficelles de la maison des secrets? quelles sont ses véritables relations avec tel ou tel candidat?
Tous le savent: si les votes à proprement parler ne sont peut-être pas "truqués", la trame narrative ( le "story-teeling") mise en place au fil des quotidiennes oriente indéniablement ces derniers.

Le déplacement de la notion même de secret dans "Secret Story" révèle les rapports qu'entretient le grand public avec les média: nous sommes entrés dans l'ère du soupçon et de la méfiance. Dans un monde où circulent constamment des flots de données, la vérité de chaque information est remise en question, passée au crible de l'esprit critique ( de plus en plus aiguisé) des lecteurs, spectateurs... La "Prod", cercle mystérieux et tout-puissant dont le logo apparaît au début de chaque émission (comme pour la marquer de son sceau discret mais réel), est la véritable détentrice de secrets à l'assaut desquels nombre d'internautes se sont lancés. Les candidats ne sont plus que des instruments (au service des desseins d'Endemol) et des indices (à la disposition du public).

Ce déplacement, cette nouvelle conception du secret expliquent la popularité plus qu'éphémères des candidats (on est loin de la "durée de vie" d'une Loana ou d'un Steevie, icônes de la première télé-réalité) qui ne sont finalement que des médiateurs entre le public et la production: ils perdent tout leur intérêt dès qu'ils sont extraits de la situation fictionnelle créée par le jeu. Ils ne sont plus que les pions posés sur un plateau (la polysémie est intéressante) le temps d'une partie d'échec entre télé-spectateurs et télé-créateurs, partie dont on pourra identifier le Roi, la Reine, les cavaliers et les fous...

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